Rencontre avec Vinola, une amoureuse de la danse, qui fait de son travail corporel un art du partage par excellence

Danseuse, chorégraphe, professeure, elle incarne parfaitement le Dappan Koothu (danse populaire de l'Inde du sud) de la femme moderne avec son groupe Passion Apsara. Elle endosse aussi le rôle de militante, puisqu'elle lance Parampara, une page Instagram de partage dédiée aux femmes sud-asiatiques. On partage un café avec elle?

Indiya : Salut Vinola, tu vas bien?
Vinola : On a du soleil, donc tout va bien!
Indiya : Ça tombe bien, j'ai pleins de questions pour toi!

I : Je te laisse te présenter à nos lectrices?
V :
Je m'appelle Vinola, on me connaît aussi sous le nom de Nathalie (surtout pour les personnes qui me connaissent depuis enfant). J'ai 29 ans. Je suis d'origine indienne. Je suis mariée, je suis en couple dit "mixte" avec un homme d'origine Franco-italienne-libérienne.  Je suis l'aînée de deux petites soeurs et d'un petit frère (qui lui, est plutôt discret, (rires)).
Je suis de formation universitaire : professeure de SVT (sciences de la vie et de la terre). Je donne aussi des cours de danses indiennes : de Bharatanatyam (danse classique tamoule), de Bollywood (danse de cinéma de Bombay et Kollywood (danse de cinéma du Tamil Nadu dans le sud de l'Inde).

I : Comment as-tu commencé la danse? Raconte-nous ton parcours ?
V : Je pense que cette passion est née quand j'étais toute petite avec mes parents, dès que j'ai su marcher quasiment. Mon père adorait me filmer, j'ai encore des traces. On me voit déjà danser très tôt. À l'âge de 5 ans, mes parents me trouvent des cours de Bharatanatyam, et depuis je ne me suis pas arrêtée. Pour les danses Bollywood et Kollywood, il n'y avait pas de cours à l'époque, ce sont des danses que j'ai apprises en essayant tout simplement d'imiter les danseuses dans les clips musicaux.

I : Tu avais donc le soutien de tes parents?
V : Hum jusqu'à un certain âge on va dire!

I : Alors du coup, comment se déroule l’adolescence lorsque nous n’avons pas l’appui de la famille pour ce qu'on aime?
V : Tu sais j'ai grandi dans une ville qui organisait souvent des spectacles culturels. Même si on aime danser tout court, les filles disparaissaient petit à petit au fil du temps. C'est-à-dire que les filles avec qui tu étais en cours, dès qu'elles devenaient de "jeunes filles", dès qu'elles avaient leurs règles, elles n'étaient plus sur scène. Donc on intègre cette information de manière naturelle, que tu n'auras plus le droit à la scène pour les danses de cinéma lorsque ce moment arrivera. Le Bharatanatyam, c'est différent, car on la considère comme une danse sacrée. C'est une danse qui a été approprié par les élites, classiste donc clairement ce n'est pas pas une danse qui "dérange", on veut en général que les filles pratiquent cette danse.

J'avais une amie avec qui j'avais grandi, qui était dans mon cours de danse - faut savoir que je faisais grande pour mon âge, et elle était plus petite et plus âgée - je pensais pendant longtemps que nous avions le même âge, et il s'avère qu'un jour je ne l'ai plus vu. Je demande à ma mère ce qu'il en était, et elle me répond "Elle est jeune fille, C'EST COMME ÇA"! C'est souvent cette réponse qu'on te donne sans explications particulières.
Il n'y a pas d'explications sensées à ça, c'est la culture du viol : "il ne faut pas que les hommes te voient, il ne faut pas leurs donner envie ". Ou encore, c'est l'opportunité de rencontrer des hommes, tu risques de tomber dans des histoires d'amour, etc etc.


À mon tour, le jour J arrive à l'âge de 12 ans, et j'arrête la scène pendant un certain temps, voire quelques années, pour te dire... jusqu'à mes 16 ans, où j'ai fait une scène, et c'était un spectacle de Bharatanatyam sur une musique moderne. Puis, je remonte sur scène à 20 ans, un âge où j'avais envie de nouveau, où je me suis dit qu'il serait intéressant d'apprendre de nouvelles choses : je m'inscris au modern jazz et au classique.


Mes parents quant à eux avaient beaucoup peur du regard des autres, je pense que franchement c'est le réel problème dans ma communauté, parce qu'en privée, à la maison, ils me soutenaient. Le fait que l'entourage parle négativement, je voyais que ça les affectait, ça me rendait triste. Pendant les réunions de famille ou les fêtes familiales, j'y avais le droit, et encore c'était à la carte tu vois.... Le fait de voir les autres membres de ma famille me féliciter, les rendait fières (sourires). À l'extérieur, je devais être la fille irréprochable, qui rentre dans les cases (de bonnes études, un bon tempérament, qui ne se montre pas trop) : une fille "bonne à marier" (rires). Mais j'avais besoin de l'approbation des parents pour danser "sereinement".

I : As-tu bien vécu le fait de dépendre de la communauté?
V : Franchement non. Parce qu'autant des fois tu as vraiment envie de danser, et de leur côté, la famille proche ou lointaine c'est non. Ou au contraire, pour eux c'est ok et moi non. C'est très frustrant, tu as l'impression de ne pas être en possession de ton corps!! Après je suis quelqu'un de positif, si quelqu'un me demande de danser, je danse (rires), j'aime apporter de la joie aux personnes.

I : Comment décrirais-tu ton style de danse en trois mots ?
V : Le mot principal ça sera la COMMUNICATION et dedans tu y trouveras : de la sensualité, de la joie, de la tristesse. Il y a des danses où j'ai l'impression de m'éteindre, comme le modern jazz où les expressions du visage n'ont pas forcément leurs places, alors que les danses indiennes sont très expressives. Les danses tamoules sont généralement joyeuses, et aujourd'hui pendant mes cours j'apprends à mes élèves aussi la sensualité (quelque chose que je ne pouvais pas exprimer dans les débuts).

I : De quoi est fait le quotidien d’une danseuse?
V : Je commence ma journée avec mon petit-dej, un café. J'écoute beaucoup de musique à mon réveil et souvent c'est la même musique, pendant 3 semaines par exemple. Je n'écoute quasiment que des musiques qui me donnent envie de danser, donc je suis de bonne humeur dès le matin (rires). Dans ma tête, je suis tout le temps en train de danser (rires), je crée mes chorégraphies en me brossant les dents, en me regardant dans le miroir et aussi sous la douche (rires)... et aussi dans la voiture (rires), je déteste que l'on me parle pendant que je conduis (rires), parce que dans ma tête je suis en train de travailler, c'est le moment où je visionne mes chorégraphies. Tu peux me poser plein de questions, tu n'auras pas de réponse (rires).
J'évite aussi les talons pendant la journée, cela modifie mes appuis donc c'est à bannir. Je fais aussi très attention à mes articulations. Beaucoup d'eau pendant la journée. Et le soir, échauffement avant chaque cours.

I : La danse est bien plus qu’un sport. Elle libère le corps et l’esprit, aide à s’exprimer et amène du positif dans la vie, aussi bien sur le plan mental que physique. Quel impact a la danse sur ta vie et sur ta propre personne ? Quels sentiments te procure-t-elle ? 

V : Je pense que depuis petite la danse m'a permis de m'évader. Quand j'étais petite, je rêvais être actrice, danseuse, chanteuse, et je vivais dans un monde parallèle, la danse me permettait d'incarner des personnages différents à chaque fois. Quand je danse, je suis un personnage, c'est une partie de moi que tu ne trouveras pas si je ne danse pas. La danse m'a permis de retrouver cette confiance en moi, c'est assez bizarre parce que quand on expose devant un public ce n'est pas facile, mais c'est vraiment ce que je ressens : je me sens bien dans ma peau, dans mon corps, dans ma tête, comme si j'étais à ma place. Je peux dire que j'incarne un genre de double personnage, je suis l'opposé de qui je suis au quotidien!
La danse est un bien-être, si demain je ne pouvais pas danser, je serais vraiment trop triste.

I : Tu es une danseuse de Koothu et tu l'enseigne également. Peux-tu nous dire ce qu’est le Koothu exactement ? Pourquoi as-tu choisi de l'enseigner?
V : Le Koothu, c'est une danse originaire de l'Inde du sud et principalement de la région du Tamil Nadu, pour moi je l'explique de cette manière : c'est une danse saccadée avec des coups accompagnés d'une musique forte pleine de percussions. Les définitions ont beaucoup évolué avec le temps, le Dappan Koothu est un style de danse très informel on va dire. On ne l'apprend pas à travers des cours, c'est plutôt une danse de rue. Cela évoque aussi le spectacle, quand on dit en tamoul "Koothu poderanga" ce n'est pas bien vu, c'est se donner en spectacle : c'est une image négative. 
J'ai choisi d'enseigner cette danse aux femmes pour les libérer. Les filles, ne danse généralement pas cette danse sans se censurer, et pour ma part je trouve que c'est bien dommage de nous mettre en cage. Quand on danse le Koothu, on se libère vraiment, on se défoule, on s'en fout, on s'exprime, on se lâche et ça fait du bien. Et tu sais quand on danse le Koothu on est souvent en saree, et forcément quand ton corps se lâche, le saree glisse de partout, et on s'en fout vraiment, on s'éclate et il n'y a pas de problème à ça (rires). Je voyais bien les femmes dans les fêtes ou les mariages, celles qui ont vraiment envie de danser, ou peut-être qu'elles vont oser quelques pas très légers, mais elles n'iront pas plus loin en raison de ce poids patriarcal. Et souvent à côté, il y a une bande de garçons qui va se lâcher et s'éclater, ils prennent la place centrale, et je trouve ça trop dommage. 
C'est pour ça que j'enseigne cette danse, j'ai envie de leur transmettre cette envie de libérer le corps et l'esprit, de changer la mentalité, et aussi parce que c'est la danse du kiff (rires).

I :  As-tu beaucoup d'élèves qui suivent des cours de Koothu?
V : Tout dépend des années, j'en ai, mais pas beaucoup, enfin pas assez je pense. Mais tu sais que la plupart de mes élèves de Koothu sont de la génération d'après, elles sont plus jeunes (entre 15 et 25 ans grand max). Je vois la différence générationnelle, elles n'ont pas la même mentalité, ça évolue. Ça me rend heureuse. Et puis les origines dans mes cours sont assez mixtes, j'ai vraiment de tout. Quand on vient à des cours de Koothu, c'est qu'on connaît, donc souvent ce sont des élèves tamils puis elles embarquent avec elle des ami(e)s, etc. Et au cours de l'année, je fais goûter à différents styles de danse, cela leur permet de voir ce qu'elles préfèrent. En général le Koothu, ça passe très bien, c'est une danse qui rassemble.

I : Pourquoi as-tu choisi d’enseigner la danse, en plus d’être danseuse ?
V : J'adore transmettre, je suis à la base prof de SVT, c'est une autre partie de moi : enseigner mon savoir dans ma vie c'est important. Je trouve ça dommage, de connaître des choses et de ne pas pouvoir l'enseigner ou même juste de partager ça. Pour moi, tout le monde devrait transmettre les choses et ne pas les garder pour soi, je trouve ça égoïste. C'est ce qui fait que les cultures et les savoir-faire s'éteignent, et souvent d'autres personnes se l'approprient.
Dans ma communauté, j'ai remarqué qu'il y avait cette peur de transmettre, peut-être une compétitivité entre eux et du coup ils n'osent pas.

I : Pour toi, quelle est la force d’une communauté/troupe de danse ?
V : On devient une famille, on est soudé. À la fin de l'année, on organise un spectacle, et l'ambiance qui y règne est juste incroyable. Pour certaines, ce sont des filles qui n'ont pas confiance en elles, un peu frustrées de ne pas pouvoir se libérer à travers la danse, et toute cette énergie négative on tente de la transformer en positivité et on en fait quelque chose de magique. Je compare ça à de la drogue : quand tu as goûté à ça, tu en veux encore, ça donne des ailes et aussi du courage pour continuer.


I : Quel a été ton plus grand défi depuis que tu as commencé la danse ? Qui ou quelle a été ta plus grande motivation durant cette période ? Qui t’a apporté le plus de soutien ?

V : Jusqu'à l'adolescence c'était juste : "j'adore danser". Au début de mon âge adulte, mon premier défi a été de goûter à différents styles de danse. Puis mon mariage a été un tournant, l'idée était d'être activiste, un projet de libération de la voix et du corps des femmes, un tout autre défi je peux dire (rires).
Mon mariage a été difficile dans les débuts par rapport à ma famille, dans mon choix de partenaire, et clairement ça été libérateur pour moi lorsque j'avais réussi cette mission. Mon style de danse a changé suite à ça, il est beaucoup plus libéré, parce que j'ai un mari qui me soutient, et forcément ça change la donne (rires).


Ma motivation au quotidien, c'est l'être humain. Partout dans le monde il doit y avoir des personnes qui s'abstiennent de faire des choses qu'elles aiment, peu importe : homme, femme, peu importe la passion... dont des femmes qui ne peuvent pas danser. Tout tourne autour du fait "d'être bonne à marier", cela met une pression aux parents, aux femmes, à la famille, c'est une source de souffrance, et une pression inutile. Moi ça me fend le coeur. Tu sais un jour, j'ai eu une élève qui avait assisté à plusieurs de mes cours et qui l'avait caché à ses parents. Ils ont fini par le savoir, et je sais que ça s'est très mal passé : ça peut passer par des violences verbales mais aussi physiques. Et moi, ça me rend malheureuse, c'était juste une heure pour s'évader, pour retrouver une santé mentale.
Je parle des femmes mais ce message s'adresse aussi aux hommes. Les cours de Bharatanatyam par exemple sont aussi destinés aux hommes, et souvent les hommes pratiquant le Bharatanatyam sont soumis à des stéréotypes, ils manquent de virilité etc. Cette pression empêche certains hommes à venir en cours de Bharatanatyam.

I : Si tu devais choisir une musique qui te fait toujours danser, quel morceau choisirais-tu ?
V : Il y en a tellement (rires). Impossible de t'en donner qu'une, la liste serait trop longue mais je peux te parler d'une chanson qui m'a marqué, c'est la chanson du film Jeans - Ennekke Ennakka. Ma première scène je l'ai faite sur cette musique à l'âge de 8 ans. J'ai choisi une chanson romantique, 

pourquoi? Je ne sais pas (rires) mais c'est possible de danser dessus. J'étais en mode "romance..." (rires), je voulais moi aussi mon Prasanth (rires), je suis une grande romantique (rires), du coup je l'ai eu et je l'ai même épousé (rires). D'ailleurs avec mon mari, on a donc fait un clip, un remake de cette chanson. J'ai eu la chance de réaliser un rêve, le nombre de fois où j'ai rêvé

d'être à la place d'Aishwarya Rai, et de pouvoir le faire en vrai, c'était incroyable!! En plus, avoir un mari qui a les mêmes délires que toi, c'est canon! J'ai découvert son talent pour la danse seulement quelque temps avant notre mariage (rires). 

I : Quel est ton pas de danse préféré ?
V : C'est un déhanché sur le côté avec les fesses (rires). C'est ma signature (rires).

I : Y a-t-il un spectacle auquel tu as participé, qui t’a marqué?
V : Oui, à 16 ans, j'avais repris donc la scène après longtemps. Je montais sur scène avec cette impression d'être une grande, un nouveau corps de femme. J'avais préparé une chorégraphie de Bharatanatyam, je monte donc avec ma tenue sur scène, et je me suis  fait huer par une partie du public. J'ai ressenti un sentiment assez bizarre, très difficile à décrire. Mais j'ai tenu tête et j'ai quand même dansé. À la fin du spectacle, ce même public a crié "once more"!! Je suis sorti de scène trop fière ce jour-là (rires).
I : Qu'as-tu fait de spécial pour qu'ils changent d'avis après cette représentation?
V : Beaucoup de personnes pensent que le classique est barbant. En dansant tout simplement sur une musique qu'ils connaissaient, une chanson de cinéma, je pense que ça leur a permis de voir une autre facette du classique. Et danser avec passion, ça fait beaucoup de différence, on emporte le public dans notre univers.

I : Quel serait ton conseil pour les danseurs et danseuses en herbe ? Quand et comment commencer ? Comment trouver son propre style de danse ? 

V : Un enfant, même très jeune, qui montre cette envie de s'exprimer par son corps, il faut l'accompagner. Ça leur permet déjà d'avoir confiance en eux, d'avoir un esprit apaisé et d'avancer sereinement. La danse c'est aussi une forme de créativité.
Il faut aussi apprendre à se regarder soi-même, dans le miroir. Pendant longtemps je ne me regardais pas, je pensais bien faire alors que non! Le fait de se regarder, permet de mieux se connaître, et bien sûr de s'améliorer. Et cela permet de trouver son style, son attitude et se diriger vers ce qu'on aime, là où nous sommes le plus à l'aise.

I : Quel message positif aimerais-tu faire passer à nos lectrices?
V : Il y a des choses qui peuvent paraître impossibles aujourd'hui, mais qui peuvent devenir possible. Pour moi, l'entourage joue un rôle très important. On peut vouloir des choses, mais quand on a un entourage qui ne nous soutient pas, c'est très difficile de continuer alors qu'au contraire, quand on ressent un soutien, cela nous donne des ailes.

I : Et pour celles qui n'ont pas cet entourage là?
V : On ne choisit pas son entourage proche, c'est pour ça qu'il faut apprendre à déconstruire les choses. La famille c'est important, mais on ne doit pas tout à la famille. C'est-à-dire qu'on leur doit des choses, mais ils nous le doivent aussi, il faut que ce soit réciproque. Une relation c'est à double sens. Je sais que c'est difficile de sortir de ça. Par contre il y a un entourage que l'on peut choisir ce sont les ami.es...et là, il faut bien les choisir ! Entourez-vous de personnes positives, qui partagent vos valeurs !

I : Quels sont tes projets d’avenir ?
V : Donner toujours plus de cours de danse, véhiculer cette image de liberté à travers la danse.

I : Et si on partageait ton clip ?!
V : Aller, c'est parti...!

Vos paramètres de cookies actuels empêchent l'affichage de contenu émanant de Youtube. Cliquez sur “Accepter et afficher le contenu” pour afficher ce contenu et accepter la politique d'utilisation des cookies de Youtube. Consultez la Politique de confidentialité de Youtube pour plus d'informations. Vous pouvez retirer votre consentement à tout moment dans vos paramètres des cookies.

Accepter et afficher le contenu

Retrouvez Vinola : pour des cours de Bollywood et Kollywood durant toute l'année dans Paris, le 91, 94 et le 77. Des cours pour enfants sont aussi proposés. À contacter via DM sur Instagram

Instagram : @passionapsara

Crédits photo : Indiya, Maxime, & @dreamzinfocus

Instagram post

Vos paramètres de cookies actuels empêchent l'affichage de contenu émanant de Instagram post. Cliquez sur “Accepter et afficher le contenu” pour afficher ce contenu et accepter la politique d'utilisation des cookies de Instagram post. Consultez la Politique de confidentialité de Instagram post pour plus d'informations. Vous pouvez retirer votre consentement à tout moment dans vos paramètres des cookies.

Accepter et afficher le contenu