L'éclaireuse de la communauté sud-asiatique, Pulandevii nous livre un peu d'elle.

Pour cet 3ème épisode de Coffee with me, nous avons absolument voulu interviewé cette femme. Elle ouvre enfin la conversation et parle de sujets qui nous concernent toutes : sujets tabous, castes, racisme, du féminisme... La militante, créatrice de contenu, et productrice du podcast Ni Ton Hindou Nஇ Ton Pakpak se confie à nous le temps d'un café.

Indiya : Hello, en quelques mots qui es-tu?
Pulandevii : Pulandevii, 30 ans, tamil. Créatrice féministe, artiste et entrepreneuse.

I : On a envie d’en savoir plus sur toi! Quelle petite fille étais-tu?
P : J’étais une petite fille créative, débordante d’énergie, rêveuse. Un gout prononcé pour les arts, le cinéma indien, les danses et la musique. Les souvenirs de mon enfance me paraissent toujours flous quand j’y repense maintenant. Je sais que je suis vite devenue une enfant adulte.

I : À quel moment as-tu su que tu devais parler, témoigner, partager des thématiques liées aux communautés sud-asiatiques?
P : Ce moment est arrivé trop tôt dans ma vie, lorsque j’étais encore une enfant. J’ai grandi dans un foyer paradoxal dans lequel l’autorité abusive était confondue avec l’amour pour autrui. Entre violences conjugales et intrafamiliales notamment le sexisme, le colorisme, la grossophobie, je bouillonnais de l’intérieur. Chaque fois que je dénonçais une injustice, on me taisait, on me rabâchait que tel ou tel problème peut se résoudre très rapidement, qu’on n’avait pas besoin d’aide extérieure. Ça n’était qu’une manière de me contrôler et de nous maintenir dans le silence familial, de devenir des complices en réalité.

Je n’arrivais pas à vivre avec cette conscience qui n’était pas tranquille. Contre vents et marées, j’ai toujours essayé de m’exprimer, j’ai toujours agi en écoutant ma petite voix intérieure, ce qui m’a apporté beaucoup de foudre mais aussi certaines victoires.

Pour ce qui est de la prise de parole en public, c’est la résultante de plusieurs insultes racistes proférées par mon cercle amical, qui me disait : « Oh c’est pour rigoler ».

J’ai donc commencé un travail de réflexion pour comprendre pourquoi les sud asiatiques pouvaient recevoir des remarques racistes mais qu’on ne pouvait pas se défendre vu que c’étaient des « blagues ». A ce moment-là, je travaillais dans une association qui lutte contre les violences conjugales, une expérience qui m’a aidée à prendre de l’assurance. J’ai commencé à conscientiser énormément de choses autour du patriarcat, de l’intersectionnalité et des rapports de domination.

Je me suis mise à demander aux personnes de justifier leurs propos racistes et de m’expliquer en quoi c’est drôle. Il y a celles qui sont de mauvaise foi et qui nieront et celles qui se rendent compte de leur racisme. Ça m’a fait du bien de pouvoir mettre des mots sur tous ces maux.

C’est un exercice loin d’être simple !!

I : Il faut de la confiance en soi pour développer et défendre des causes fortes! D’où t’es venue cette confiance?
P : Cette confiance (sourire) c’est un processus qui a commencé depuis toute jeune, lorsque tu dois défendre une personne ou te défendre toi-même, tu en as besoin pour survivre, pour t’imposer dans des circonstances sexistes, racistes, capitalistes, patriarcales quoi.

Cette confiance m’est aussi transmise par les femmes de ma famille, j’y vois comme une force spirituelle, comme un feu vert secret, je dis et fais des choses qu’elles ne s’autoriseraient pas. Ce sont tous les tabous qui m’entourent. La confiance elle vient aussi en voyant d’autres personnes qui me ressemblent ou qui partagent mes opinions. D’où l’importance de la représentativité mais aussi du collectif. La co-création du collectif @spicydevis m’a aidée à faire un pas de plus envers ma confiance.

I: Tu es la productrice du podcast « Ni ton hindou ni ton Pakpak », quel a était le déclic pour lancé ce projet?Comment est né ton podcast?
P : À la base je voulais faire un blog, j’avais commencé à rédiger des articles puis le perfectionnisme m’a attaquée, je voulais que ce soit PARFAIT…, puis pour des raisons personnelles et professionnelles, ce projet n’a pu aboutir. Pendant le tout premier confinement en 2020, je me suis retrouvée à nouveau face à mon envie de créer quelque chose de parlant pour la communauté sud asiatique, qui traitait des sujets hors ducommun pour nous en France. Je

voulais sortir des sujets classiques liés à l'Asie du sud dans les médias francophones, de la pauvreté, les violences sexuelles et sexistes, le succès du yoga, les voyages en terre inconnue… bien que ces sujets soient intéressants, l’angle adopté ne me convient pas. Cet angle euro-centré, qui nous fétichise, qui nous humilie, qui nous méprise, qui nous colle des étiquettes stéréotypées, j’en avais marre. Après avoir écumé les registres en ligne de podcast, je me suis rendue compte qu’il n’y en avait aucun

qui parle des sud asiatiques de France. Forcément comme c’est un projet naissant, j’ai eu des barrières émotionnelles telles que la peur du jugement des autres ou celle de mal faire. Mais je ne démordais pas de mon objectif de représentativité, et je suis persuadée que la seule manière de se sentir représenté.e c’est de passer par le «par nous, pour nous »

C’est ainsi qu’est né NI TON HINDOU Nஇ TON PAKPAK !!

I : Alors du coup, dis nous qui sont les sud-asiatiques de France?
P : Je les cherche encore, (rires). Grâce au podcast, j’ai cette belle opportunité de rencontrer beaucoup de personnes sud asiatiques. Depuis le début de mon expérience, j’ai eu la chance de découvrir une pluralité de personnes sud asiatiques et d’échanger avec elles. Il m’arrive de partager les opinions et parfois non et c’est ce qui fait que nous sommes bel et bien DIFFERENT.ES et non ce monolithe « indien ». Les domaines sont variés mais je trouve que nous restons encore très peu visibles. Certaines communautés ethniques vont être plus présentes que d’autres. Aujourd’hui, je dirais plutôt que c’est à titre individuel que les sud asiatiques émergent et non en collectif ou en communauté.
J’aimerais vraiment inviter un grand nombre de personnes sud asiatique aux profils insoupçonnés à passer sur mon média pour montrer la richesse des diasporas sud asiatiques.

I : La communauté sud-asiatiques est très effacée, on en parle très peu et pourtant il existe des réflexions culturelles et sociétales au sein de cette communauté, tels que le racisme, les pressions des familles, la sexualité, etc. Comment expliques-tu cela?
P : Je pense qu’on en parle peu car les communautés sud asiatiques ont hérité des caractères silencieux et discrets que les colons avaient imposé. De génération en génération, ce sont des facettes que l’on peut retrouver chez les sud asiatiques, ce sont des injonctions qui nous sont imposées dans la sphère familiale et également dans l’imaginaire collectif colonial. Il reste difficile de s’en détacher, cela finira par arriver. Des personnes y arrivent, à sortir de leurs cocons mais ça n’est pas sans difficulté. Avec la plateforme Parlons Bien Parlons Brown que j’ai lancée en Mars 2021, je vois bien que les personnes sud asiatiques ont une soif de s’exprimer, de partager leurs ressentis et de faire des coups de gueule.

I : Lors de tes diverses rencontres, quel est l’histoire qui ta le plus marqué?
P : Sur mon compte instagram, j’ai l’habitude de faire des sondages et c’est lors d’échanges sur les violences sexuelles et sexistes, que j’ai reçu un grand nombre de témoignages sur l’inceste, je ne pensais pas que je recevrais autant de retours. C’est un sujet tellement tabou, que personne en parle, encore une fois, ça n’est pas parce qu’on en parle pas que ça n’existe pas.

I : Les parents sont le sujet de ton dernier épisode. Ils détiennent une place très importante dans notre communauté : un respect, une volonté de les rendre fier, un honneur à tenir, une pression monstre repose au quotidien sur les épaules de la nouvelle générations. Peut-on nommer ces relations de toxiques?

P : C’est souvent sensible de découvrir les faces négatives de nos parents mais en effet certains comportements parentaux sont toxiques. Ces attitudes sont décorées d’arguments culturels ou traditionnels. J’ai mis du temps à réaliser que nos parents pouvaient être toxiques, je pensais que c’était un concept occidental au début. Nos parents sont dans la reproduction de schémas qui leurs ont été transmis, il est sain d’identifier le caractère toxique. Ça ne veut pas dire qu’il faut forcément confronter ses parents, loin de là. Je recommande vivement la thérapie pour pouvoir en parler et vider son sac. La plupart d’entre nous vit en pensant qu’on n’est jamais assez et c’est le type de conséquence que ces relations toxiques peuvent avoir sur notre estime de soi.

I : Comment vois-tu le futur de la nouvelle génération?
P : Voici ma vision pour notre génération et les prochaines : J’aimerais qu’elle soit dans la conscientisation des notions que ce soit la race, la classe, les castes, le sexe, les genres, l’orientation sexuelle etc. J’aimerais que la nouvelle génération –les nôtres y compris- celles qui le peuvent bien sûr- se rendent compte des rapports de domination et donc les injustices qui traversent ce monde, et la part de responsabilité qui revient aux sud asiatiques dans ce maillage. Les communautés sud asiatiques perpétuent des discriminations telles que le racisme, le sexisme ou la négrophobie qui se résulte en colorisme. J’aimerais qu’elles fassent ce travail d’introspection pour poser un nouveau regard sur la société.Je trouve qu’il manque de positionnement explicite de la part des sud asiatiques, sur la question des violences policières ou le racisme en France, entre autres.. En général, la politisation sud asiatique reste très timide. J’entends de la bouche de certain.e.s sud asiatique que le racisme en France ou que l’appropriation culturelle n’existe pas. Des ressources existent maintenant sous toutes les formes pour aller plus loin dans la compréhension de ces sujets. Comme ce glossaire réalisé par le collectif MWASI.

Se déconstruire n’est pas un objectif à atteindre mais plutôt un élément à distiller dans son parcours de vie. “D’ailleurs comme le dit @Selmasardouk, on déconstruit nos croyances, nos conditionnements, des idées, des constructions sociales etc “Certaines personnes décideront de fermer les yeux et d’autres seront dans la voie de la réflexion, ça se fait petit à petit. Je peux comprendre que certaines circonstances de vie peuvent nous empêcher d’entamer cette quête.

J’aimerais aussi que les générations ne lésinent plus sur leur santé mentale, qu’elles puissent-dans la mesure du possible- prendre soin d’elles que ce soit seul ou accompagné.e d’un.e psychologue. La vie peut se montrer compliquée, il est grand temps de s’écouter et d’ouvrir son coeur à la guérison. Le tout est de trouver la bonne personne avec qui l’on se sent bien et écouté. Mélanie de @lesmondesdeparvati, fait un travail exceptionnel.

J’aspire de plus en plus à rencontrer des solidarités saines et honnêtes entre personnes sud asiatiques. Je crois en la force du collectif, on peut créer de belles choses, des projets à impact, des espaces d’expression et de création artistiques. On a tellement eu l’habitude de la compétition qu’on ne se fait pas facilement confiance et ceci doit changer ! Je reste positive sur le futur des générations, c’est à construire.


I : Et si on écoutait quelques épisodes de ton podcast ?!

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Les pages Instagram : @pulandevii@parlonsbrown

Crédits photo : Pulandevii & Florian

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