Docteure en psychologie, Mélanie Vijayaratnam nous apprend à retrouver un équilibre de vie en acceptant notre biculturalité.

Dans cet épisode de "Coffee with me", nous rencontrons Mélanie : spécialisée en psychologie et culture tamoule, auteure du livre "Un sari rouge en héritage", chercheuse et formatrice, elle nous embarque avec elle dans son cabinet où elle partage avec nous son parcours et les problématiques psychologiques que nous pouvons rencontrer dans notre quête de biculturalité.

Indiya : Comment vas-tu ?

Mélanie : Bonjour, Bonjour à tous.tes.

Du soleil, une super journée en perspective et l’honneur de me raconter pour Indiya, je suis honorée et ravie. Merci pour cette belle opportunité, je suis très touchée.

I : Nous sommes curieuses de savoir qui se cache derrière Les mondes de Parvati ! Qui es-tu ? 

M : Je suis Mélanie Vijayaratnam, j’ai 31 ans et je suis franco-tamoule de seconde génération. Mes parents sont originaires d’un village près de Jaffna. 

Je suis docteure en psychologie clinique et transculturelle, chercheuse, auteure et formatrice. Ma profession s’articule entre la clinique et la recherche, l’accompagnement et le partage. 

Je suis également co-fondatrice avec mon mari de « Les mondes de Parvati ».

I : D’ailleurs pourquoi ton site se nomme ainsi ? 

M : Ce nom en réalité fait référence à ma première publication scientifique en 2017 (cliquez ici). Je travaille sur le mariage des enfants de migrants tamouls, en France. J’avais choisi pour ce premier écrit le titre « Les noces de Parvati ».  Il fallait un titre qui reflétait l’âme de mon article. Je travaille en recherche particulièrement sur les constructions identitaires et matrimoniales des femmes tamoules. Parvati est l’une des déesses du panthéon hindou qui est plurielle, dont l’énergie et la force se manifestent à travers de multiples avatars. C’est un peu une déesse-mère qui représente toutes les femmes. Elle reflétait exactement mon travail : la féminité, la culture, la diversité. 

Je suis connue dans le monde de la recherche pour avoir écrit cet article et pour ma thèse « Un sari rouge en héritage ». Parvati est donc en partie mon identité, un clin d’œil à ce background universitaire. 

En 2020, dans cette continuité nous avons imaginé et créé « Les mondes de Parvati ». Notre ambition première à travers ces créations, c’est d’aller delà des frontières de l’université et de partager notre travail qui jusque-là était destiné à ce monde à un plus grand nombre de personnes, de manière plus créative. 

I : Pour commencer, peux-tu nous parler de ton parcours ?

M : Je suis née à Paris en 1990 et je suis l’aînée de ma fratrie. Mes parents ont accordé beaucoup d’importance à nos études quand nous étions petits mon frère et moi. Pour eux, avoir des diplômes était une sécurité dans ce monde français qu’ils découvraient à travers nous. Je pense que c’est une valeur qui m’est chère et que je transmettrai à mes enfants à mon tour. 

J’étais une petite fille travailleuse, j’adorais les encyclopédies car elles me permettaient de découvrir les autres, le monde. La bibliothèque était un espace où je me sentais extrêmement bien. Je dévorais les livres. J’ai toujours eu une soif d’apprendre qui m’a conduite jusqu’au Doctorat. 

J’ai soutenu ma thèse en Décembre 2020 avec une thématique qui concerne non seulement les enfants de migrants, mais également la communauté tamoule. La boucle était bouclée parce que je suis enfant de migrants et j’appartiens à cette communauté. Cette thèse m’est chère, elle est une grande partie de mon histoire, sûrement ma thérapie aussi. Elle met également en lumière des vécus que nous avons en tant que membres de la communauté, mais tout en étant nés ici. Ces fameux enfants biculturels. 

Sur le plan pratique, j’ai travaillé pendant 7 ans en tant que salariée dans plusieurs structures et dans différents domaines avant de finalement construire ma propre voie. Je suis installée en libéral depuis décembre 2020 sur la ville de Bobigny. J’accueille en présentiel ou en visio des adultes en entretien individuel. Je propose également des ateliers en groupe ou des permanences téléphoniques. L’idée est de proposer un espace où chacun puisse se sentir à l’aise pour se raconter et élaborer sur sa situation actuelle. 

I : En quoi consiste concrètement le métier de psychologue ?
M : Le psychologue pratique la psychologie. Etymologiquement, la psychologie est la science de l’âme ou la science des faits psychiques (psychê = âme et logos = discours, science). Elle s'intéresse à l'étude du mental humain et du comportement des individus. La psychologie s'intéresse également aux troubles psychologiques à travers l'évaluation, l'observation et l'interprétation des pensées, comportements, souvenirs et émotions d'une personne.
L’objectif des psychologues, est d’améliorer la santé mentale et la santé physique associée des individus. Pour y parvenir, ils mettent en place des thérapies. Le but c’est de traiter les troubles mentaux et de favoriser le bien-être en général. 
Être psychologue, c’est travailler avec le non-visible. La santé mentale ne se voit pas toujours et c’est bien là où réside la complexité.  Mon rôle à travers les thérapies, c’est d’apporter mon soutien, mon écoute, ma bienveillance, mes outils, mon expertise à des patients qui viennent me consulter et qui peuvent avoir plusieurs profils : rencontrer des épreuves (trauma, positionnement identitaire, séparation, maladie, deuil...), souhaiter avoir un espace de parole et d’écoute neutre ou travailler sur eux-mêmes pour se connaitre davantage. 
Pour cela, je dispose de plusieurs moyens en fonction de mes compétences : la thérapie par la parole à laquelle je suis formée, des tests ou questionnaires si cela s’avère nécessaire et des médiateurs. L’écriture, les groupes de parole, les ateliers sont par exemple des outils que j’investis. 
Le métier de psychologue est malheureusement mal représenté de nos jours. Je me permets de rappeler qu’être psychologue n’est pas une attitude, ce sont des années d’études. C’est important, parce que beaucoup de personnes s’approprient ce métier pensant qu’il suffirait juste de parler, d’écouter ou de donner des conseils. C’est bien plus compliqué que cela en réalité. Non, votre coiffeuse, votre amie, votre petit-ami ou votre influenceuse préférée ne peuvent pas être votre psychologue. D’ailleurs quand les personnes non concernées se permettent de prendre notre place, elles peuvent faire de gros dégâts psychologiques chez les personnes qu’elles peuvent côtoyer : ouvrir ou créer des blessures, partager des traumas, mener des groupes de parole sans pouvoir contenir les propos des participants…L’idée est bonne, mais le cadre ne s’improvise pas. Ce n’est pas parce que cela fait 10 ans qu’une personne est en thérapie que cela fait d’elle une psychologue. Méfiez-vous de cela, ne confiez-pas votre santé mentale à n’importe qui. 
Il m’arrive en thérapie de rencontrer des patients qui ont été mal conseillés et c’est parfois terrible. 
En tant que psychologues, nous travaillons avec un cadre qui est le nôtre. Nous rencontrons nos patients dans un contexte précis, une consultation dure un temps déterminé et la position de chacun dans la relation thérapeutique est claire. Cela s’acquiert durant 5 ans d’études (et encore, c’est un minimum), ce sont des études longues et c’est bien pour une raison. Lorsque ce cadre de travail est perturbé, le psychologue ne peut pas exercer correctement.


I : Pourquoi tu t’es orientée vers cette profession ?

M : J’ai mis du temps à me décider. J’étais en Terminale quand j’ai voulu faire de la psychologie. Je ne connaissais pas réellement ce métier mais il m’intriguait. Je voulais travailler avec l’humain, apporter mon aide mais d’une manière singulière que ce qui pouvait se faire jusque-là autour de moi. La psychologie m’a séduite. Là, il est question d’apporter une aide qui n’est pas matérielle, révéler chez les patients quelque chose de plus profond : la rencontre avec eux-mêmes. Révéler le trésor que les personnes ont en eux, c’est ça qui m’a animée je pense, et qui m’anime toujours car c’est unique, précieux et pas donné à tout le monde : quand les personnes ne veulent pas, tu ne vas pas les forcer ! 

J’ai adoré mes études de psycho mais je pense que j’ai vraiment commencé par être passionnée par ce domaine après mon premier diplôme. Je faisais mes premiers stages et je me suis rendue compte du pouvoir de la psychologie mais aussi du pouvoir que cela avait sur moi. Je suis l’outil principal de ma pratique. J’ai dû travailler pour cela sur moi-même, mes peurs, mes traumas, mes relations aux autres. J’écoute attentivement mes ressentis et cela me sert grandement dans ma vie de tous les jours. Je n’ai pas de pouvoirs magiques loin de là, mais par exemple quand je rencontre quelqu’un je fais attention à ce que cette rencontre provoque en moi. Parfois on est alignées presque instantanément avec les personnes. D’autres fois tu as beau côtoyer pendant plusieurs années une personne il n’y a pas cette alchimie pour autant. J’y suis sensible. J’essaie de ne pas me faire violence. C’est aussi cela en thérapie. Parfois la relation patient-thérapeute se crée rapidement du fait d’appartenances communes, d’âges presque similaires etc. D’autres fois c’est moins évident. Il suffit d’en avoir conscience et de l’accepter. 

I : Quel est ton rapport à ta culture tamoule ?

M : Il y a eu un incident quand j’étais à la crèche étant petite. La personne chargée de me garder avait remarqué que je ne parlais pas un mot de français. Elle l’a dit à ma mère qui a changé sa stratégie d’éducation vis-à-vis de nous. Donc malgré le fait qu’on soit biculturels, on s’est construits comme étant plutôt français à partir de là. Rien ne grave comme ça comparé à ce qui peut arriver à d’autres, mais malgré tout pour que je t’en parle presque 30 ans plus tard, cela a laissé une empreinte dans mon identité. 

J’ai été par exemple par la suite scolarisée dans des collèges et lycées privés catholiques privés (nous sommes hindouistes), et il y avait peu d’enfants de seconde génération dans mes classes, au fil des années. Je n’avais pas de représentations de moi-même, et je me construisais avec un faux-self en étouffant voire en effaçant mon identité culturelle. Je voulais faire comme les autres. Je voulais être comme les autres. Faire partie d’un groupe est plus sécurisant qu’être isolée, surtout à l’adolescence. 

J’ai eu un déclic lors d’une thérapie début vingtaine. J’adore voyager, découvrir d’autres cultures, spécialités culinaires et traditions. J’ai passé une grande partie de ma vingtaine à assouvir ce désir d’ailleurs. À un moment donné, j’ai ressenti le besoin de faire une autre sorte de voyage : celui de me connaître davantage, d’analyser mes ressentis, de revenir sur mes forces et mes sensibilités. Je me suis rendue compte que celle que j’étais à l’intérieur et à l’extérieur n’étaient pas la même personne et que je ne savais pas qui j’étais vraiment. Ma psychologue avait réveillé en moi quelque chose de très profond qui m’a amenée à faire une sorte de paix avec cette partie de moi. Cette reconquête de moi-même s’est faite à travers l’investissement de mes origines, ma culture et mes traditions mais de manière active. Il n’était plus question de reproduire des rituels par mimétisme, mais plutôt de les comprendre et de les pratiquer, si je le souhaitais et si je pouvais aussi. C’était ma première renaissance en quelques sortes. 

Autre déclic quand je me suis mariée. Mon mari est franco-tamoul né en France, comme moi. Je suis la seule fille de nos familles respectives. S’est posée la question de l’héritage culturel : qui maintiendrait les fêtes traditionnelles, le sens de certaines pratiques et qui les transmettrait à nos enfants ? J’ai eu peur de perdre cette partie de moi que j’avais mis tant de temps et d’énergie à investir. Parce que contrairement à si j’étais née et restée dans le pays d’origine de mes parents, ici il y avait une menace de perte de l’identité culturelle. J’avais le pouvoir de continuer à perpétuer cet héritage culturel, ou pas. C’est quand même une grande pression. J’ai alors continué à la raviver, à deux cette fois avec mon époux. Cela rend notre relation encore plus intense. Psychologiquement, nous sommes vraiment complémentaires. Cela fait de nous un couple biculturel dont le dosage entre notre côté français et notre côté tamoul est comme on aime. C’est ma deuxième renaissance que je cultive chaque jour (sourires).

J’aime beaucoup partager cette culture tamoule telle que je la connais et la pratique sur Les mondes de Parvati. Je me permets de le faire car elle est intimement liée à ma pratique de psychologue : d'abord  parce qu’elle fait partie de moi, et ensuite parce que j’investis la culture comme un levier thérapeutique. Donner le sens des célébrations, partager des vidéos sur des festivités fait partie de ces choses que j’apprécie faire et que j’apprécie chercher aussi (je ne maîtrise moi-même pas tout). Après, à chacun de voir ce qu’il prend et ce qu’il laisse. C’est dans cette continuité que j’ai créé avec Anitha de @made.by.anitha la collection de livres jeunesse bilingue franco-tamoul « Kutty Parvati », pour continuer à faire des passerelles entre nos mondes d’appartenances et proposer des ingrédients culturels.

I : Comment as-tu fait pour trouver ton identité ?

M : Ce serait faux de te dire que je l’ai pleinement trouvé, et heureusement. Je pense qu’on a plusieurs identités, ce n’est pas comme sur ta carte d’identité où tout est figé. Certains éléments le sont bien sûr : ton nom, prénom, date de naissance. Mais le reste est dynamique. La Mélanie que je suis aujourd’hui est différente de l’étudiante que j’étais il y a 10 ans ou l’enfant que j’étais il y a 25 ans. Celle que je suis aujourd’hui est différente de celle que j’étais hier mais aussi celle que je serai demain. Il n’est pas question d’être mieux ou moins bien mais plutôt une autre version de soi-même.  Cela est propre à chacun, il n’y a pas de recette toute faite. 

Aujourd’hui j’estime être alignée avec les identités qui sont les miennes à mon âge, selon mon statut professionnel et ma position personnelle. Mais dans le même temps, je suis aussi prête et excitée à ce que cela change à l’avenir pour découvrir d’autres horizons. C’est aussi cela qui est excitant dans la vie. Si tout était figé d’avance, à quoi bon exister ? 

I : Consulter un psychologue ne fait pas du tout partie de nos mœurs dans la culture tamoule, est-ce que tu as réussi à imposer ce métier au sein de la communauté ?

M : Il y a des challenges à plusieurs niveaux dans cette situation : sensibiliser la communauté à la santé mentale, faire accepter ma place de psychologue, inciter les personnes à se confier et parler de leurs problèmes. 

La communauté tamoule accorde beaucoup d’importance au regard de l’autre. Dans ce contexte, se confier et parler de ses problèmes, exposer sa famille ou évoquer des traumatismes est un frein. Cela inhibe les individus et ne les encourage pas à aller consulter. A cela s’ajoute l’importance donnée à la santé physique. Il suffit de regarder le nombre de personnes qui font des métiers centrés sur le médical ou le paramédical. Ceux-ci font partie des métiers valorisés, jugés utiles : « si je suis malade, je sais que je n’ai pas de souci à me faire parce que ma fille ou mon fils est médecin ».  C’est bien, mais cela ne fait pas tout.

Tu as beau avoir une super enveloppe corporelle, être protégé de toutes les maladies et pourtant traverser une dépression, vivre avec de l’anxiété ou un trouble mental. Ce n’est pas incompatible.

Les Tamouls aiment beaucoup investir dans l’immobilier. Je vais prendre cette image de la maison qui me vient là et que je trouve intéressante. On investit dans une maison que l’on va rénover, peindre, retaper pour qu’elle soit belle. Pourtant, admettons que cette même maison ne soit au final pas habitée. Parce que pour entreprendre tous ces travaux, il aura fallu beaucoup d’argent. Cet argent s’obtiendrait en travaillant H24.  Alors, l’avenir de cette maison se résumerait ainsi : des volets fermés presque 300 jours dans l’année, un radiateur éteint pour économiser, une maison souvent vide, sans âme.  Bien que jolie et neuve, cette maison n’a pas d’âme, de chaleur. Elle est triste. 

La partie visible de la maison, c’est la santé physique, c’est le corps. On s’en occupe parce que les autres la voient et pour faire croire aux gens que tout va bien, que la maison est belle, que ma santé est rayonnante. 

L’intérieur, c’est la santé mentale. Elle est invisible. On a tendance à la mettre de côté car justement, personne ne la voit. La maison est froide, vide, sans âme, habitée par des disputes ? Tant pis, du moment que personne ne le sait, on va le cacher. Pourtant, je dirai même que cette partie invisible est très importante. C’est son pilier. Si tu ne prends pas soin de ta maison de l’intérieur, tu as beau faire des travaux, des retouches, la repeindre, elle s’effondre. 

Est-ce que j’ai essayé d’imposer ce métier dans la communauté ? Sûrement pas et je ne pense pas que cela soit mon but. Mon rôle n’est pas de convaincre. On ne change pas les mentalités comme ça et mine de rien, il y a encore des réticences chez la génération qui a actuellement entre 20 et 35 ans. Il faudra du temps et plusieurs générations pour que nous consultions toutes et tous si nous en ressentons le besoin, que ce soit dans la communauté tamoule ou ailleurs. Mais ce qui m’anime c’est d’apporter une petite touche de ma spécialité dans ce monde qui est le mien, dans cette communauté qui est la mienne. Si je parviens à sensibiliser certains à la santé mentale durant mon existence, je serai vraiment plus qu’heureuse.

I : Peux-tu nous expliquer en quoi la santé mentale est un critère de bien-être ?

M : Il y a une étude qui a été menée il y a quelques années sur le bonheur : qu’est-ce qui vous rend heureux ? 

Les résultats de cette étude montrent que les personnes sont intéressées par le matériel : une voiture (de luxe), des voyages, une maison justement, des bijoux, des cadeaux, des soirées au restaurant etc. 

Maintenant imagine toi posséder tout cela en ayant une phobie de conduire quand tu t’apprêteras à conduire ta voiture de luxe, en ayant un trouble du comportement alimentaire quand tu t’apprêteras à dîner dans l’un de tes restaurants préférés, en ayant une dépression modérée lorsqu’il faudra voyager, en ayant à trimballer un trauma que tu n’as pas pu/su travailler lorsque tu auras ta nouvelle maison. Est-ce que tu profiteras tout autant de ton bonheur ? 

(Une psychologue fait bien plus qu’apporter des réponses parfois : elle pose les questions qui font cogiter.  Vous me pardonnerez (rires)).

I : Qu’est-ce qui fait que tu aimes ton métier ? 

M : C’est spécial quand même d’aimer son métier, quand on est psychologue. Cela se travaille. Il me semble que tu commences vraiment à aimer ton métier quand il fait partie de toi pleinement, quand tu acquiers de l’expérience, quand tu te fais confiance sur tes ressentis, quand tu as toi aussi travaillé sur toi-même et quand tu parviens à apporter aux autres. 

Quand je rencontre des jeunes gens qui me disent être passionnés par le métier de psychologue sans le connaître vraiment cela m’intrigue et il me tient à cœur de leur expliquer aussi les coulisses de ce que je fais. Il faut savoir que nous ne sommes pas comme le psy a la télé qui a ses fesses posées sur le canapé moelleux et qui répond à toutes les questions à la perfection comme par magie. La réalité est plus complexe. La majorité des patients qui viennent nous voir ne va pas forcément « bien ». Parfois ça ne va vraiment vraiment pas bien. Parfois il peut arriver que tu n’arrives pas à faire le lien, que tu n’arrives pas à travailler avec ces patients tant la douleur est grande. Ces patients traversent des épreuves parfois douloureuses. Une bonne partie également (quand tu es en institution surtout) n’accepte pas de te voir car elle te considère comme un professionnel « pour les fous ». Donc c’est un métier difficile à la base et au début de ma carrière je ne me levais pas les matins en mode « chouette encore une superbe journée à écouter les problèmes des autres ! ». 

Maintenant ce métier je l’aime. Ce que j’aime c’est le côté singulier. Tu ne rencontres jamais deux fois ton patient de la même manière. Tu travailles essentiellement avec le spontané, l’association libre. Tu ne peux pas réellement prévoir ce qui va se dire en séance à l’avance car souvent si le patient sait pourquoi il vient te consulter, il ne sait lui-même pas quels mots il va employer, quelles émotions vont le traverser et ce qui va se réveiller en lui durant cette consultation. Pour pouvoir l’accueillir, contenir et élaborer tout ce contenu invisible, il faut quand même avoir des bases, une expérience, un cadre. C’est ça, travailler avec l’inconscient et avec ce que réveille la relation soignant-soigné.  C’est la rencontre avec l’autre et la rencontre avec moi-même. Je fais un métier où je vois les personnes sans masque, sans filtre. Je les rencontre dans leur authenticité, nus de tout, sincères, blessés. Je rencontre leur enfant intérieur, leurs challenges, leurs peurs et tout ce qui fait qu’ils sont ceux qu’ils sont aujourd’hui. C’est tellement un privilège de voir les personnes de cette manière.

I : Récemment le gouvernement a annoncé la prise en charge de sécurité sociale des consultations, en quoi cela fait évoluer ton métier ?

M : Un sujet qui fâche (rires) ! En fait dans la société française, comme partout ailleurs j’ai l’impression, c’est avec la COVID 19 que nous sommes nés, que nous sommes reconnus, que nous existons. D’un coup, les gens se sont réveillés, on prône la santé mentale, on parle de meilleurs soins psychiques, de soutien. Personnellement je trouve cela un peu hypocrite et tellement instrumentalisant à notre égard parce que tu imagines bien que nous ne sommes pas nés en 2020 quand même…

Jusque-là pourtant, personne n’a vraiment pensé à nous. 

Si une bonne partie de la population est enjouée de ce dispositif, ce sont surtout des personnes non-concernées. Tu peux me croire que les psychologues ne sont pas supers contents. D’une on ne nous respecte pas, de deux on nous paramédicalise (il faudrait désormais passer par un médecin généraliste pour qu’il fasse des prescriptions de séance de psychologie) et de trois, les personnes ont oublié que nous sommes une profession indépendante. Nous ne travaillons pas sur prescription. Nos patients ont la liberté de venir nous consulter quand ils le veulent. Il n’y a pas de séances figées dans le temps et surtout pas d’avance. Les psychopathologies ne se manifestent pas de la même façon chez tous les patients. Les moyens de les accompagner ne sont pas les mêmes chez tous.  Il y a une diversité et une singularité que cette mesure ne prend pas en compte du tout. C’est problématique. 

On verra bien ce que l’avenir nous réserve ! 

I : Tu es l’auteure du livre « un sari rouge en héritage », raconte-nous l’histoire de ce livre ?

M : Te raconter l’histoire de mon livre, reviendrait à raconter l’histoire de ma thèse. Je te le disais, elle m’est précieuse. Elle ne pouvait donc pas s’arrêter à ma soutenance, mon diplôme et l’université.

Durant mon doctorat, mon objectif était de déconstruire les représentations idéalisées du mariage. Chez les Tamouls, le mariage représente traditionnellement un événement complexe dont les enjeux sont multiples. C’est un rituel de passage et son apparition dans la vie d’un individu n’est précédé d’aucun événement fort, aucun rite initiatique, aucun signe physiologique. Il se réduit souvent à des préparatifs matériels plutôt que psychologiques. Non, le mariage n’est pas uniquement un événement festif et joyeux. Il ne se résume pas qu’à votre robe de mariée, le choix du menu ou la décoration. Un vrai mariage n’est pas uniquement le reflet des belles photos retouchées et parfaites que l’on voit sur la Toile. 

« Un sari rouge en héritage » est donc l’adaptation de ma thèse de doctorat à un public plus large que celui de l’université. Il évoque le mariage des femmes tamoules en France.

« Comment se marier quand on est née en France de parents tamouls ? »  « Quels challenges rencontre-t-on au moment de se marier ? » « Que faire des pratiques traditionnelles ou des injonctions parentales ? ».  Ce livre apporte quelques éclairages avec l’appui d’une trentaine de témoignages de personnes concernées. 

J’ai été interviewée à plusieurs reprises à ce propos. Pour le podcast Why a PhD, pour le podcast Asiatittudes, aussi et à l’occasion d’un entretien filmé pour Swalfi. Bien sûr, l’histoire de « Un sari rouge en héritage » est sur mon site https://lesmondesdeparvati.fr/ et ma page Instagram @lesmondesdeparvati

Les personnes intéressées peuvent commander mon livre directement sur mon site Internet (https://lesmondesdeparvati.fr/boutique).

I : Quel a été le plus beau retour sur ton livre ?

M : Je garde tous les retours. Je m’y ressource souvent, ils me poussent à continuer à écrire et à partager. L’un d’entre eux qui m’a marquée est celui-ci : 

« Merci d’avoir ouvert la voie. Ce livre est un cadeau pour notre génération et les générations à venir car il rend visible les problématiques des franco-tamouls, il leur permet d’exister et d’avancer ». 

Je suis touchée par le fait d’être associée à une sorte de guide. Je ne pensais pas que la petite fille introvertie et timide le serait un jour. C’est mon enfant intérieur qui doit être content ! Aujourd’hui, je comprends l’importance du rôle de guide, j’en ai moi-même recherché un.e quand je me construisais et ce n’était pas évident. Cela me touche énormément et me motive encore plus à développer cette partie de moi.

I : Un dernier mot pour nos lectrices ?

M : Dans « Les 5 regrets des personnes en fin de vie », Bronnie Ware, répertorie les cinq regrets les plus fréquents des personnes proches de la mort. Il y a :

  1. « J'aurais aimé avoir eu le courage de vivre la vie que je voulais vraiment, fidèle à moi-même, pas celle que les autres attendaient de moi. »
  2. « J'aurais aimé avoir travaillé moins dur. »
  3. « J'aurais aimé avoir eu le courage d'exprimer mes sentiments. »
  4. « J'aurais aimé avoir gardé le contact avec mes ami.e.s. »
  5. « J'aurais aimé m'être donnée la permission d'être davantage heureus.e »

J’espère que cela fera écho en vous pour vivre pleinement votre vie sans regrets, tant qu’il en est encore temps. 
Prenez soin de vous. Vous êtes responsable de vous, de votre santé physique et votre santé mentale.
Faites de vous une priorité.
La vie, c’est maintenant !!

Retrouvez Mélanie sur son site internet : Les mondes de Parvati et sa page Instagram: @lesmondesdeparvati


Crédit photo : Indiya, Mélanie Vijayaratnam, Janahan Nallanathan, Manifeste Psy, Frédéric Haury

Instagram

Vos paramètres de cookies actuels empêchent l'affichage de contenu émanant de Instagram. Cliquez sur “Accepter et afficher le contenu” pour afficher ce contenu et accepter la politique d'utilisation des cookies de Instagram. Consultez la Politique de confidentialité de Instagram pour plus d'informations. Vous pouvez retirer votre consentement à tout moment dans vos paramètres des cookies.

Accepter et afficher le contenu