Rencontre avec Lilas Seva, présidente et fondatrice de l'ONG Fille du Monde.

“Féministe dans l’âme et dans mes actions, j’ai décidé de créer l’ONG Fille du Monde afin de pallier aux atteintes portées aux droits des filles de moins de 18 ans dans le monde et contribuer à la parité.“ Lilas a décidé de défendre la cause des jeunes filles à travers le monde, on découvre dans cette interview son passé, ses inspirations, ses rencontres et ses projets, tout y est! 

Indiya : Comment vas-tu?

Lilas : Ba écoute très bien!! Moi ça va toujours en général (rires) !


I : Peux-tu te présenter à nos lectrices ?

L : Donc Lilas Seva, j’ai 30 ans, je suis présidente de l’ONG Fille du Monde que j’ai cofondé avec Ombeline il y a 4 ans. C’est vrai que ça fait déjà un moment (rires)… quand je pense aux débuts, aux moments où nous avons eu l’idée de fonder cette ONG et où nous en sommes aujourd’hui, c’est juste incroyable!

I : Quels sont tes origines? 

L : Je suis d’origine Indienne, mes parents sont de Pondicherry, et moi je suis née ici en région parisienne. J’ai grandi dans une famille aimante et surtout très protectrice, je pense que c’est un cadre que l’on rencontre beaucoup dans les familles indiennes. Tu sais un cadre assez sécuritaire : quand on a une petite fille, il faut la préserver absolument de tout et faire attention à chaque détail. J’ai eu des parents formidables mais c’est vrai qu'au-delà de ces aspects, c’est un modèle de famille assez traditionnelle : un papa qui travaillait, et une maman à la maison. Ma mère a eu des aspirations étant jeune qu’elle n'a pas pu réaliser, et du coup je pense que depuis ma tendre enfance, ma mère a beaucoup joué sur la personne que je suis devenue aujourd’hui. Elle m’a inculqué des valeurs féministes, assez engagés dans mon éducation. Elle m’a toujours poussé à faire de longues études, à aller au bout des choses, à entreprendre des projets, mais aussi à beaucoup voyager. Et tu sais le premier projet humanitaire a été au Bénin, j’étais la première Indienne à partir de Paris vers cette destination, et je me souviens de mon entourage qui s’étonnait que mon père m’autorise à partir là-bas, ce qui n’est pas commun! En tout cas, ma mère a beaucoup joué dans l’initiation de mon parcours. Aujourd'hui il en est fier, mais je pense qu’il s’en veut aussi un peu de n’avoir pas su pousser ma mère à atteindre ses propres projets. Ma mère quant à elle, je pense qu’elle est en train de réaliser ses rêves à travers moi, et mes soeurs. 

I : Quel a été ton parcours?

L : J’étais plutôt bonne élève à l’école, une personne très curieuse, j'ai toujours eu la volonté d'aller au bout des choses… C’est ce qui m’a aidé dans mes études!! J’ai fait deux classes prépa pour aller en normal sup, après ça j’ai intégré une école de commerce. Ça m’a beaucoup appris, ne serait-ce que consolider mon envie d’entreprendre : savoir manager, gérer sa vie professionnelle et travailler avec les charges de travails assez importantes. 

C’était très intéressant, et puis j’avais une passion pour la finance à ce moment-là, donc je me suis spécialisée dans la finance d’entreprise, et j’ai ensuite intégré des banques pour être chargée d’affaires d’entreprises. Aujourd’hui à coté de l’ONG, je travaille en banque où je gère un portefeuille clients qui fait entre 3 à 15Me de chiffres d'affaires, des entreprises principalement de l’Île-de-france. Au quotidien c’est très inspirant, parce que je rencontre de différentes personnes, qui ont des parcours et des histoires très passionnantes. Ils sont partis d’une idée, ont pris le risque de se lancer à leurs comptes et aujourd’hui ils arrivent à des tailles d’entreprises assez impressionnantes. C’est génial de pouvoir les accompagner au quotidien. En plus j’ai des clients qui sont engagés dans des causes humanitaires et sociales, donc c’est bien de retrouver aussi dans ce travail des personnes qui partagent les mêmes idées. Et puis la plupart de mes clients sont très curieux (rires) lorsqu’ils tapent mon nom et qu’ils voient présidente de l’ONG (rires), ils sont souvent choqués dans le bon sens (rires), du coup ils s’intéressent énormément et puis pour eux c’est aussi inspirant. On peut dire que l’ONG c’est quelque chose qui m’entoure vraiment au quotidien. 

Dans le monde de l’entrepreneuriat, il y a une genre de concurrence naturelle qui se crée lorsqu’on lance son entreprise, et même dans le monde des ONG !!! Je trouve ça complètement aberrant. Au contraire on devrait tous se tendre la main et s’entraider, et moi j’ai toujours été dans cette optique et c’est ce que je véhicule au quotidien, même dans mon job. Et j’espère que ça inspirera d’autres. 

I : Comment t’es-tu lancé dans l’humanitaire? Et pourquoi?
L : Depuis toute petite, j'ai toujours été baigné dedans, mon père est beaucoup dans l’humanitaire. C’est des valeurs que je connaissais, il y a beaucoup d’entraides entre nous, et puis au-delà de l’entourage, il est parti faire beaucoup de projets humanitaires avec des orphelinats en Inde, et c’est vraiment quelque chose qu’il nous a toujours véhiculé. Là où j’ai vraiment eu l’idée, c’est lorsque j’ai été atteinte d’un cancer!! J’avais 20 ans et donc jeune! Du jour au lendemain on m’a détecté un cancer, et tu vois ça n'a pas été facile pour moi et pour ma famille. Et au moment où l’on rencontre les médecins, où l'on subit tous les traitements, etc., on entre dans un nouveau monde! Certes..., assez sombre parce qu’on ne sait pas trop ce qui nous attend; mais c'est un monde remplis de bouffée humaine, de bienveillance,  de générosité, etc. Il y a des personnes que tu ne connais même pas, qui se donne à toi et qui ne demande rien en échange. Le jour où j’ai eu le déclic, c’était un jour de plus où j’étais dans ma chambre d’hôpital, je me souviens je sortais d’une grosse opération, et il y a une femme qui est entré dans ma chambre que je ne connaissais pas. Je pensais à ce moment-là qu'il s'agissait d'une infirmière qui venait pour s’occuper de moi! Mais en fait pas du tout!!

En fait, c’est une jeune bénévole, qui passait dans les chambres pour parler avec les patients, pour avoir un moment de conversation avec eux. Et je trouvais ça tellement génial, ça m’avait tellement réconforté qu’à ce moment précis je me suis dit que je voulais faire comme elle. Ça m’émeut de parler de ça avec toi et de partager ça avec les lectrices d'Indiya, je sais pas trop comment t’expliquer ce sentiment… Ça me donne la chair de poule de t’en parler, c’est fou… Et je pense que ça était le début de tous mes projets!
En sortant de tout ça, j’avais envie d’aider clairement! 
À cette époque je tombe sur une Asso qui justement organise des « moments de joie » pour les personnes attentes de cette maladie ou leurs familles. J'étais encore en école de commerce à cette époque, et je mobilise mes amis pour aller lever des fonds, organiser des galas, on a même organisé des ventes de muguet le premier mai. Je prenais beaucoup de plaisir à faire ces choses, et le fait de voir du monde autour de moi qui venait, qui y participait et surtout qui avait envie, ça m’a motivé pour continuer.

I : Pourquoi as-tu dédié ta cause aux jeunes filles?

L : Après tout ça, la vie a repris son cours normal, et j’ai enchaîné avec mon job, donc chargée d’affaires. Mais je t'avoue qu'à coté de ça, le fait de vouloir aider les gens me trottait dans la tête. Après quelques mois d'expérience dans ce premier job, je pars en Inde après longtemps avec mes premiers salaires et je voulais aider!!
J’ai mon cousin qui m’accueille là-bas, et me parle d’un orphelinat qui accueille des jeunes filles qui ont de fort handicap mentale et physique. Donc on y va pour juste observer. À la base j’y allais pour faire un don, et il se trouve qu’il y avait déjà des bénévoles français sur place à l’orphelinat. En discutant avec eux ils me disent qu’en fait ils n’ont pas forcément besoin de financement parce qu’ils recevaient de gros dons assez souvent, mais qu’ils avaient plutôt besoin de personnes pour passer du temps avec eux, avec les filles.
J'y retourne donc le lendemain, et j’y suis restée jusqu’à la fin de mon séjour (rires). J’y allais tous les jours vraiment!! Du matin au soir! Et c’était des moments incroyables (sourires). Je me suis fait d’amitié avec une petite qui s’appele Pushba dès mon premier jour, elle m’a pris par la main et m’a tiré avec elle, et elle m’avait jamais vraiment lâché par la suite (rires). Je me souviens du premier jour où je lui ai appris à marcher, elle avait 11 ans, et ce sont des émotions indescriptibles qui t’envahissent (sourires).
Mon vécu personnel, et ce séjour, m’ont un peu permis de tracer mon parcours d’aujourd’hui, ma cause que je dédie aux jeunes filles.
Quand j’ai voulu me lancer à 100%, j’ai réalisé plusieurs recherches et je suis tombée sur une ONG qui aider les jeunes à s’insérer dans la vie, notamment des jeunes de rues au Bénin. Le Bénin c’est vraiment un pays que je découvrais par hasard, et vu que j’étais dans l’optique d'aider, je mettais toujours dit que peu importe le pays, j’irais!
Le projet consistait à créer des centres de formation, j’étais donc chargée de projet et je devais maintenir le bon fonctionnement de ce projet sur place. On travaillait aussi avec des jeunes garçons, on les accueillait tous les jours, on faisait des activités avec eux. Mais il y avait une chose qui me dérangeait, c’est qu’il y avait très peu de jeunes filles qui venaient, malgré qu'elles étaient nombreuses dans la rue. Ces jeunes filles tombaient souvent dans la prostitution et quand elles venaient au centre c’était parce qu’elles étaient enceintes. Moi ça me tuait de voir ça!!! Ce n'était pas possible de visionner cette situation, je me sentais tellement impuissante. Ça m’a vraiment rebutée, parce qu'en plus de voir ces jeunes filles, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de corruption. L’argent n’arrivait jamais au bout, impossible de tenir le budget. 13 mois s’étaient écoulés!! J'étais partie là-bas motivée, j’avais vraiment tout quitté : mon job, ma famille, mes amis etc., je partais avec mes propres sous! Les missions humanitaires ne sont payés pas, lorsque tu pars, c’est vraiment que tu as envie tu vois! Et de voir ça là-bas, j’étais dégoûtée.
Je rentre en France de ma mission en étant déçue, parce qu’on n'avait pas réussi à lancer ces centres, l’argent avait complètement disparu. Bon... on avait quand même réussi à faire plein de choses avec les enfants, mais pas ce qui était prévu en tout cas! Pour moi, je pouvais pas en rester à là! Après avoir fait tout ça, m’arrêter à ce niveau, ça aurait été une histoire sans fin…  J'étais complètement insatisfaite de cette situation, et j’ai toujours eu la niaque d’aller au bout des choses, et je décide donc de lancer l’ONG Fille du monde.
L’idée c’était de protéger le droit des filles dans le monde. Et forcément, le premier pays d’intervention, c’était logique que l’on choisisse le Bénin! Après plusieurs voyages sur place, j’ai appris à connaitre ce pays, et on peut dire que je connais très très bien ce pays maintenant, souvent là-bas on me dit : « Même si tu es indienne, française, tu as le coeur d’une Béninoise! » (rires). Sur le projet que je mettais en place, j’ai été très bien accueillis. La première mission était d’éduquer les filles sur la sexualité. En fait durant tous ces voyages, je me suis rendu compte qu’il y avait un véritable fléau, la plupart des jeunes là-bas sont malades : infections, mst, etc. etc. Que ce soit les jeunes de la rue mais aussi ceux qui étaient scolarisés. Il y a un véritable tabou sur ces sujets qu'il fallait tout reprendre à la base : faire de la prévention sur l’hygiène, la puberté, la sexualité. Malgré tout ce qu’on peut reprocher à l’éducation française, il y a quand même des sessions d’apprentissage à l’école pour informer les élèves des changements qu’il peut y avoir sur leurs corps de jeunes filles, apprendre la reproduction etc. Là-bas, tous ces sujets sont abordés seulement en terminale, ce qui est trop tard! La plupart des jeunes filles tombent enceintes à l’âge de 14 ans, et au Bénin l’avortement est interdit. Avoir un enfant dans les bras aussi jeune est une honte pour leurs familles, donc elles se retrouvent à la rue. Ces filles ont été mes inspirations pour réaliser cette ONG. 

I : As-tu d’autres inspirations?
L : Oui un livre qui s’appelle « la moitié du ciel » qui souvent sur ma table de chevet, un livre très inspirant qui a été écrit par deux journalistes américains, qui ont beaucoup voyagé dans le monde. Ils exposent dans ce livre beaucoup de problèmes et y trouvent aussi beaucoup de solutions. Ce livre a été une source d’inspiration pour trouver des solutions aux problèmes que je rencontrais au Bénin. S'il y a bien une chose que j’ai comprise, c’est que c’est l’éducation qui apporte les solutions aux problèmes. Et c’est ce qu’on a fait!
On a mis en place plein de modules éducatifs qui permettent de sensibiliser ces jeunes, mais aussi les familles, l’entourage, sur les mst, les grossesses précoces et tous les autres sujets - on se déplace donc dans les collèges avec lesquels on est partenaire à Kotonou par exemple. En soi, ce sont des missions qui ne nous coutent rien, à part le trajet, le logement, mais le reste rien! On apporte juste des informations que ces personnes n’ont pas. C’est magique, on fait gagner des vies mais on remplit aussi les classes! Et les taux d’exclusions diminuent et c’est incroyable! Tout celà grâce à ce travail de fond! 

I : Aujourd’hui FDM est présent au Bénin! Combien de bénévoles sont présents sur le terrain?

L : Il y a les membres du bureau, on est 10. Sur le terrain, on a des bénévoles locaux, ensuite on a des partenaires locaux qui sont aussi nombreux, on a aussi les collèges partenaires, ça fait pas mal de personnes. Ensuite les bénévoles français que l’on envoie sur place, elles sont deux actuellement. Hors covid, elles sont généralement 5-6 sur place. On espère pouvoir relancer ça en début d’année.


I : Comment faire pour être bénévole?

L : Vous pouvez nous contacter directement via le site internet, ou la page instagram et nous dire ce qui vous intéresse.

I : À travers tes différents déplacements, tu as du rencontré tellement de jeunes filles. Y a t-il eu une histoire qui t’a touché? 

L : Au Bénin, sur mes premières voyages, je cherchais des collèges partenaires. Ce jour là, j’étais dans le bureau du directeur pour discuter de tout ça, et là... une jeune fille arrive en urgence et parle de manière apeurée. Je ne comprenais absolument rien, elle parlait le dialecte locale qui est le Fon. D’un coup je la vois en pleurs, et moi... je me sens mal de la voir comme ça, j’essaye donc de l’apaiser etc. Elle ne savait pas qui j’étais à ce moment-là, et moi je commençais à peine les premiers échanges avec le directeur. Il me traduit un peu ce qui se passe : en me disant que cette jeune fille n’a pas vraiment de parents, son père à quitter le domicile familial, sa mère est handicapée et ne peut donc pas travailler. En matière de santé, cette jeune fille avait aussi de gros problèmes : des genres de céphalées. Malgré cette situation difficile, elle aimait l’école et se battait chaque jour pour pouvoir y aller. Elle vendait des citrons au marché local pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, et se payer l’école. Quel courage!!!
Cette jeune fille a été l’une des premières bénéficiaires d’un autre projet : c’était d’apporter des denrées alimentaires pour éviter justement que les enfants aient à travailler à coté de l’école, et un financement avec une bourse scolaire pour pouvoir payer l’école et qu’ils puissent travailler proprement. Avec les bénévoles, nous faisons un suivi global sur l’avancement, on les aide, on les oriente. Pour moi c’est incroyable, parce que tu sais j’ai vu sa maison et tout! Et ces personnes n’ont vraiment rien! Elle était en pleurs ce jour-là parce qu’elle ne pouvait plus payer sa scolarité, aujourd’hui elle est en terminale!
On peut dire que j’étais là au bon moment! Mais tu sais, c’est une fille parmi tant d’autres, je te parle des filles, mais il y a aussi les garçons! Des jeunes, qui me prouvent à chaque fois pourquoi je suis là, pour quoi je fais ça!!

Il y a une autre histoire que je voudrai partager avec toi, qui m’a tellement marqué. 

C’était une personne avec qui je travaillais qui voulait m’emmener dans un village parce qu’il y avait un problème mais je na savais pas vraiment lequel encore, mais ça concernait une jeune fille. Elle voulait que j’aille dans ce village pour communiquer un peu avec la famille, essayer de les convaincre de laisser la jeune fille aller à l’école. Je dis donc ok, et on y va!! En arrivant sur place, on se rends compte que c’était trop tard!! Des personnes avaient kidnappé cette jeune fille en bateau, l’avait emmené à l’autre bout de la rive pour la marier de force. La famille avait préparé ce mariage, cela se fait beaucoup là-bas : les mariages forcés juste avant la majorité, c’est une sorte d’arrangement entre les familles. Déjà les jeunes filles sont un poids financier, et puis par peur justement qu’elles tombent enceintes avant le mariage. Il n’y a pas de moyens de contraception, elles sont donc mariées tôt. Aujourd’hui je ne sais même pas ce qu’est devenue cette jeune fille. Cette histoire me donne une boule au ventre!

I : FDM défend et promouvoit les droits de toutes les jeunes filles dans le monde, tout en participant à leur émancipation et autonomisation au travers de nombreux projets. Peux-tu nous donner un autre exemple de projet qu’organise FDM?
L :  Il y a le projet où l’on essaye de créer un réseau de couturière, elles sont très nombreuses là-bas, un peu comme en Inde pour réaliser du sur-mesure. Cette idée nous est venue lorsque nous avons mis en place les ateliers de serviette hygiénique lavable, nous recherchions à ce moment-là des couturières pour apprendre aux jeunes filles à coudre leurs propres serviettes hygiéniques. 

Et nous avons donc décidé de sensibiliser les couturières à travers tout le Bénin pour qu’elles puissent continuer à promouvoir ce produit, déjà parce que c’est un produit utile à toutes les femmes, et puis ça pouvait être une source de revenus.
Donc on se déplace de village en village pour leur expliquer et apprendre à concevoir ce produit, pour qu’elles-mêmes organisent des ateliers dans leurs propres villages afin d’éduquer les femmes de chez elles. Le but était que ces femmes couturières puissent propager leurs connaissances sans avoir l’appui de l’ONG. 

I : Quels sont les démarches de FDM? Tu m’as parlé de d’étudier, d'adapter et d'agir, peux-tu nous expliquer ça?

L : En fait on ne peut pas se lancer dans l’humanitaire et partir du jour au lendemain. Enfin je m'explique : il faut y aller en étant conscient de ce qui se passe sur place. Il faut étudier en amont le projet : savoir dans quel contexte on se lance, travailler dans le respect des moeurs locales, travailler proprement! Il faut partir avec l'idée que l'on n'est pas meilleurs que les autres, mais on vient apporter une prise de conscience en fait, et c‘est là, le gros challenge! Quand ta grandit en France dans un pays développé, avec des facilités, on peut vite se retrouver en difficulté dans un pays comme le Bénin où la situation est difficile. J’ai pris un an à étudier ce pays avant de lancer les projets.
Et après, il faut vraiment s’adapter, ne pas juger, ne pas heurter, surtout que le premier projet était un sujet assez tabou et j’étais assez surprise d’ailleurs que tous les directeurs des collèges m’ouvrent grande la porte.

I : As-tu déjà eu des familles qui ont été contre ce projet? Notamment sur l’éducation sexuelle auprès des jeunes? 

L : Absolument pas ! Je n’ai jamais eu de parents contre ça, au contraire. Par exemple en Inde, ce projet n’aurait peut-être pas fonctionné et pour le coup j’aurais sûrement eu des complications. D’où la nécessité d’étudier toujours avant de lancer un projet dans chaque pays. 

D’ailleurs sur les projets au Sri Lanka, nous avons une partie qui consiste à distribuer des kits scolaires aux jeunes filles, et j’avais cette volonté de fournir un petit kit de protection hygiénique, je peux te dire que ça été très mal perçu en fait! Les jeunes filles n’ont pas du tout osé prendre le kit!!
C'est une démarche différente. Je ne sais pas si tu connais un peu l’histoire d’Arunachalam Muruganantham, cet Indien qui s'est lancé dans un projet fou visant à créer une serviette hygiénique abordable fabriquée à partir de matériaux locaux après avoir découvert que sa femme utilisait un linge sale pendant ses règles. Dans le film Pad Man, qui raconte son histoire, on voit très bien la manière dont ils arrivent à commercialiser le produit : c'est-à-dire que ce sont des femmes qui vont de maison en maison, très discrètement, et vont vendre cela. C’est qu’il y a une question d’adaptabilité, que soit en Inde ou au Bénin, quand tu arrives sur certains projets de ce type-là, il faut s’adapter : et savoir comment aborder ce genre de sujet sans heurter, sans gêner.
En réalité, on les suit dans leurs trajets, et juste on agrémente ce trajet avec de nouvelles idées. 

I : L’histoire derrière les ateliers de fabrication de serviettes hygiénique lavables m’avait complètement bouleversé. J’aimerai que tu partages cette histoire à nos lectrices! Tu veux bien? 

L : Oui bien sûre! J’étais au Bénin, et j’animais une séance de sensibilisation auprès de jeunes filles d’un collège sur tout ce qui était la puberté, l'hygiène, etc. En discutant avec elles, j’apprends qu’il y a des jeunes filles qui sont souvent absentes en cours, parce que les jours où elles avaient leurs règles, elles n’avaient pas les moyens de se payer des protections. Elles se retrouvent donc à la maison à se laisser saigner avec des torchons sales, et ne peuvent donc pas se déplacer. Ou pour celles qui peuvent s'en procurer, souvent ce sont des serviettes très bas de gamme qui leurs provoquent des infections.

Et c’est en essayant de solutionner ça, que j’ai eu l’idée des ateliers de couture des serviettes hygiéniques lavables : je voulais leur proposer quelque chose de propres, pratiques, hygiéniques, simples et accessibles à toutes. Je me suis qu’elles pouvaient chacune en concevoir chez elle à partir de tissus en coton et très peu de matériel, elles peuvent en poudres plusieurs, elles peuvent se partager entre elles et même se communiquer le mode de fabrication entre elles.
En plus au Bénin, on y trouve beaucoup de tissu en coton et donc la matière de base elles l’avaient déjà! J’ai été approché par des associations qui me proposait des cups etc., mais là-bas c’est impossible d’utiliser ce genre de produits! Rien que faire bouillir de l’eau ou même trouver de l’eau potable devient vite une mission, c’est très compliqué.
On a réalisé un tuto aussi pour pouvoir le partager sur les réseaux, et aussi le faire visionner. J’ai moi-même tester et je t’avoue que c’est très très facile à réaliser! Si moi j’ai réussi (rires), c'est que tout le monde pouvait le faire!
Aujourd’hui on a animé plus de 100 ateliers, on fait ça depuis 2 ans, et en plus ça plaît beaucoup, ça sauve des vies, et puis c’est vital surtout ! 
C’est dans ce cadre-là que nous avons mis en place le réseau des couturières. Dans un premier temps on avait besoin d’elles pour les finitions par exemple pour avoir quelque chose d'assez propre, puis ce projet a permis d'étendre le réseau à travers le pays. Et on a même réussi à acheter des machines à coudre grâce aux dons que nous avons reçus.

I : J’ai compris que le Sri Lanka serait le prochain pays? Peux-tu nous en dire plus? 

L : Tout à fait en partenariat avec l'association Sourire en orphelinats nous allons accompagner un orphelinat de 40 jeunes filles à Hikkaduwa sur 2 projets : 

- 1 projet de distribution de kits scolaires financé avec l'aide de Nisha Beauty 

- 1 projet que nous allons travailler tout au long de l'année 2022 qui consiste à améliorer les conditions de vie des jeunes filles de l'orphelinat et à les accompagner au mieux dans leur développement personnel. 

C'est un projet qui me tient énormément à cœur car le Sri Lanka est un pays en pleine reconstruction après la guerre et le tsunami que sa population a vécu et la crise covid qui a affecté ses locaux alors déjà très démunis.

I : FDM grandit!! A quoi vont ressembler les prochaines années?

L : L'équipe ne cesse de s'agrandir, le bureau va sûrement accueillir de nouveaux membres dès l'année prochaine. De mon côté je vais surtout me concentrer sur le lancement de FDM au Sri Lanka avec sûrement un voyage prévu pour 2022 pour travailler sur le terrain. Pour le Bénin nous continuons à sensibiliser les populations et à crée les clubs FDM afin de pérenniser nos actions. 

Enfin nous avons pour ambition de continuer à nous développer dans de nouveaux pays, nouveaux projets donc si vous repéré des besoins il ne faut pas hésiter à nous en parler.


I : Comment peut-on faire un don à l’ONG?

L : Vous pouvez faire un don sur notre plate-forme HelloAsso. Lien accessible sur notre site internet : www.filledumonde.fr

Ou un don matériel (notamment habits, sous vêtements, matériel scolaire, ou activités ludiques pour les filles) directement auprès d'un membre de l'association. Pour les dons matériels du Sri Lanka s'adresser directement à moi : 

Lilas Seva - Facebook

Lilas_sva - Instagram (je viens de le ressusciter (rires))

I : L'ONG en quelques chiffres?
L : Les jeunes de 10 à 24 ans sont sensibilisé.e.s aux questions de santé sexuelle et reproductive sur une une durée de 1 à 2 heures.
Sur l'année 2019, les premières sensibilisations ont touché 1659 jeunes; en 2020 malgré la crise du Covid, 2744 jeunes ont été sensibilisé.e.s, ainsi que 1166 jeunes depuis ce début d'année 2021 (chiffres à revoir fin décembre).

I : Un dernier mot pour nos lectrices?

L : Si vous souhaitez vous lancer dans un projet humanitaire ou tout simplement entreprendre, croyez en vos capacités et faites vous confiance. Tant que l'idée est bonne, il suffira d'un peu d'envie, de motivation et surtout d'engagement pour y arriver. Votre équipe se constituera ensuite naturellement et on vous suivra, c'est certain.

En tout cas si vous souhaitez qu'on en discute ensemble ce sera avec grand plaisir pour un 2éme café :)


Pour suivre l'ONG, rdv sur la page Instagram : @filledumondefdm et la page Facebook : Fille du Monde


Crédit photo : Indiya, ONG Fille du Monde

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