Rencontre avec Aranie & Tivani, deux cousines franco-tamil fascinées par la richesse de leur culture.

« Entrepreneuses dans l’âme, nous avons souhaité créer une marque qui corresponde à nos attentes et envies : montrer un visage moderne, dynamique et innovant de la communauté tamil à travers des produits et des projets. » T & A

Indiya : Comment allez-vous les filles?
Aranie : Au global ça va... Mais je trouve quand même que la rentrée est difficile et chargée. Pour ma part c'est dur de garder le moral, parce qu'on est un peu dans l'inconnu de ce qu'il va se passer dans les mois à venir. J'ai l'impression que les bénéfices des vacances se sont envolés en quelques jours à peine (rires).
Tivani : Une rentrée chargée c'est vrai, entre SoTamil et même dans nos vies pros.

I :  Je vous laisse vous présenter ?
T : Tivani, 25 ans, je viens de finir mes études, je bosse dans le contrôle financier. Je travaille depuis quelques mois entre Paris et Madrid. Je suis aussi une grande fan de voyage.
A : Aranie, 30 ans, initialement je suis diplômée ingénieur agro, j'ai un parcours scientifique de base. J'ai principalement travaillé dans l'agroalimentaire. Je suis aussi une fan de voyage. Mais avant ça, je pense que nous sommes très proche de notre culture et on est toutes les deux très famille.
T : Oui!! Parce qu'on est cousines en fait (rires).
A : C'est vrai qu'on a toujours été proches !! Ce qui est important pour nous avec SoTamil, ça était de créer une marque qui représente notre double culture. Je me souviens encore en décembre....hhuumm
T : ... décembre 2018
A : (rires) on avait un paperboard où on avait indiqué tout ce qu'on voulait faire de notre avenir.
T : Oui c'est vrai tout le mur était rempli de post-it !!! (rires)


I : Comment a été votre enfance? Avez-vous grandi ensemble?
T : On a vraiment baigné dans la culture tamil mais à la maison seulement, parce qu'à l'école on a grandi dans des quartiers où l'on ne rencontrait pas beaucoup de personnes issues de la même culture tamil. Mais dans le cadre familial, on avait ce truc entre nous, d'ailleurs c'était notre rituel : on se voyait pour tous nos anniversaires !! On savait à l'avance les dates où on allait se revoir. D'ailleurs, on se préparait des jeux, des animations, et Kandupidhi (jeu de cartes créer par les cousines) c'est un peu la suite logique tu vois!
A : Moi j'ai un super souvenir de notre enfance. On était tout le temps ensemble.
T : Oui c'est vrai, et puis il y a un gros gap dû surement à des parcours d'études différents, les expériences pros etc. et puis il y a eu cette accélération depuis le mariage d'Aranie où pour le coup on est devenus des binômes !
A : On a 5 ans de différence, ça fait un petit décalage tu vois (rires)... !!

T : Oui, mais à ton mariage ça était le rassemblement après longtemps : une vraie déconnexion avec nos familles, et ça était des retrouvailles, ... par la même occasion un rattachement envers nos cultures aussi.
A : La culture clairement, parce que je n'ai pas grandi dans la communauté tamil (sauf dans le cadre de ma famille). D'ailleurs cela m'arrive souvent que beaucoup de personnes soient impressionnés que l'on parle le Tamil de manière fluide. Notre seule référence de notre culture c'était notre famille, nos parents, ils sont ce lien.
T : Moi tu sais, je n'avais pas de potes Tamil jusqu'à 22 ans tu vois!

I : Présentez-nous SoTamil? Comment avez-vous eu l’idée de lancer ce projet à deux ?
A : Aujourd'hui on ne sait vraiment définir ce qu'est SoTamil, c'est une volonté de notre part. On a voulu crée une marque "hybride" et on a eu plutôt cette stratégie de se lancer dans différentes choses afin de trouver notre voie, de voir où ça va matcher.
Parce qu'il faut savoir (rires)... qu'on a plein d'idées.. tout le temps (rires), c'est notre manière de bosser ! Initialement, la mission principale de SoTamil c'est de représenter la double culture, notre double identité. D'ailleurs ça été un premier projet, les coussins upcyclés, on est allés au Sri Lanka il y a deux ans pour le mariage d'un cousin....
T : (rires), tu vois!! Comme quoi les mariages, ça rapproche !!

A : Oui !! (rires) On a rencontré une organisation de femmes, qui réalisé des produits upcyclés (réalisés à partir de vêtements qui ont déjà été portés, principalement des sarees). Cette organisation récolte des sarees du monde entier pour en faire des objets revendus ensuite. Il y avait beaucoup de choses qui étaient comme une coïncidence, cette organisation était à Jaffna où nos parents ont grandi, à 30 minutes à pied de chez ma grand-mère. C'était fou!!! Je déjeunais avec ma grand-mère et quelques heures après j'étais en rendez-vous pro (rires). Et puis ce groupe de femmes ont été de réel coup de coeur, elles avaient toutes eu un parcours difficile dû surement à la guerre civile mais aussi à la vague de tsunami qu'il y a eu là-bas. Elles avaient besoin d'un revenu régulier, on a donc décidé d'importer en France une première collection de coussin en 2019.

T : On a lancé un pop-up store avec cette première collection en septembre 2020.
Et puis il y a le fameu covid....
A : Le covid en effet, ne nous a pas aidé !!
T : Le contact a été très compliqué. Le confinement a été assez long là-bas au Sri Lanka. Impossible pour nous de maintenir la communication. Il aurait fallu que l'on se déplace mais voilà c'est une situation difficile.
A : Ça été le point de départ pour de nouvelles idées, il a fallu que l'on se renouvelle. Et tu sais, lorsque l'on a lancé SoTamil, on a été contacté par beaucoup jeunes sur des questions entrepreneuriales. Ils étaient heureux de trouver une marque à leurs images : modernes, jeunes, à double culture, qui correspondait à leur identité. Ces questions ont été aussi les nôtres : on s'est donc dit à ce moment, qu'il serait intéressant d'avoir des retours de personnes qui ont réussi dans différents domaines, d'où cette idée des Workshop.

Et communément à cette idée, on se disait qu'il manquait un endroit où nous pourrions exposer des marques, des produits issus de cette communauté.
T : C'est quelque chose qui se fait beaucoup dans la communauté africaine par exemple, des pop-up store dédiés à la communauté, où l'on peut retrouver des produits créés par de jeunes entrepreneurs.
A : Aujourd'hui dans la communauté tamil, on n'a pas ça et si tu veux des produits issus de notre culture il faut venir ici à La Chapelle !!! C'est aussi pour ça que l'on a choisi ce lieu (Restaurant Dishny à La Chapelle, Paris). Avec Tivani c'est vraiment ça que l'on veut créer, en tout cas à cette image, un lieu de rassemblement. Dans quelques années, je l'espère le quartier va évoluer, pourquoi ne pas se réapproprier ce quartier à l'image de notre nouvelle génération.

T : Je pense que cela va prendre du temps. Il est difficile d'effacer on va dire "de mauvaises habitudes" prise dans ce quartier, je parlerai notamment de l'image de la femme qui n'est pas encore tout à fait accepté (par exemple exposer sa double culture).

I : Qu’est-ce que SoTamil vous apportes dans vos vies?
T : Moi c'est le côté créa, dans mon métier de tous les jours, c'est très carré, c'est les chiffres. SoTamil me permet de m'exprimer autrement qu'avec mes connaissances universitaires. J'apprends tellement de choses, je rencontre aussi beaucoup de personnes, c'est dingue... Il y a un networking qui se crée et il y a de la demande. Franchement des fois je me dis qu'il y a de vrais talents dans notre communauté et il faut absolument les booster!! C'est dommage de rester dans son train-train quotidien et ne pas voir ce qui se passe à côté. Ça nous ouvre pleins de portes. SoTamil c'est notre bouffée d'air frais après une semaine compliquée, où il faut l'avouer travailler pour quelqu'un c'est fatigant et puis ce n'est pas la même motivation. Là pour le coup c'est valorisant, pour tous le monde. C'est ça que je recherche !!
A : Elle a plutôt bien exprimé ce que je ressens (rires). Valoriser des idées en temps réel et rapidement c'est SoTamil. Habituellement, j'ai toujours eu des postes à responsabilités strictes. aujourd'hui je travaille dans une maison de thé très active, où l'on donne beaucoup la voix, on est ouverts aux nouvelles idées, etc. Et ça m'a beaucoup aidé dans SoTamil.
T : Tu sais on avait trouvé une phrase d'accroche qui nous décrit bien : "Bring together people, products, and projects for Tamil." Je trouve que cette phrase représente exactement SoTamil dans la globalité, un peu notre parapluie. Après le but ce n'est pas non plus de se perdre, on a un objectif dont on ne voudrait pas trop en parler pour le moment. On a une destination finale, et souvent il y a des arrêts, et là tu vois... on est dans le début (rires).

 I : Quels sont les principaux challenges auxquels vous avez dû faire face ?
A : Moi je dirais la crise, au niveau de la communication. Mais il y a aussi des challenges entre nous. On s'adore mais on est deux personnalités assez distinctes : des fois on peut être ok et des fois pas du tout. Et SoTamil c'est un peu de nous deux.
T : Il y a le côté extérieur et intérieur. Aranie elle est très organisée, elle a aussi souvent des idées à ne pas en finir (rires) et moi je suis là pour la ralentir. Enfin tu vois on se complète.
A : Même sur l'aspect évènementiel, Tivani a sa place, dans le sens où elle est douée pour la com', elle est à l'aise avec les réseaux! Elle va réussir à embarquer et engager la communauté. Et moi je vais par exemple j'ai cette force peut être de "négociation" où je vais réussir à approcher des grands entrepreneurs pour leurs vendre l'idée de SoTamil.

I : Avez-vous déjà eu des doutes avant un workshop?
T : Oh oui (rires) parce que les billets souvent se vendent au ralenti pendant tout le mois qui précède l'événement. C'est assez infernal à vivre, on est en panique souvent, on se remet en question, on a des doutes, etc... Et puis finalement les 3 derniers jours, les billets vont partir à une vitesse juste incroyable. Le premier workshop nous étions quand même 150 personnes, waouuu !!
A : Mais sinon tu sais je pense qu'il y avait une demande, et nous y avons juste répondu !! Pour le premier workshop, on a rencontré les intervenants séparément avant l'événement. Et la première personne a été Lawrence Valin, le réalisateur de Little Jaffna, cette rencontre a été pour moi un déclencheur. C'est quelqu'un qui t'embarque avec lui dans son monde, hyper inspirant dans ses propos. C'est le genre de personne que tu écoutes sans même vouloir y répondre.

I : Avez-vous toutes les deux un mentor ou un modèle ?
A : Un non, mais plusieurs je pense oui (rires)
T : Moi, ce sont mes parents qui me boostent au quotidien. On les a vus galérer, il y a une différence quand on est enfant d'immigré. Et quand je pense à leurs vécus, ils ont toujours réussi à aller de l'avant, pour moi ils sont simplement mes mentors.
A : Oui c'est sur ma famille, mes parents et mon mari aussi. Mais au quotidien je m'inspire beaucoup de personnalité américaine. Là-bas les diasporas sont beaucoup plus avancées parce que ça fait des générations qu'ils y sont, et il y a aussi cette philosophie de la réussite : l'"American Dream". Moi je suis fan du couple Jay Shetty - Radhi Devlukia, ils tournent autour du bien-être, hyper inspirant tous les jours. Pareil pour Deepica Mutyala, la fondatrice de Live Tinted une marque de maquillage, elle est un enfant de parent immigré Telugu, et son histoire c'est une vrai Success Story. Moi ça me donne vraiment envie, ce genre de personnalité me booste tous les jours.

I : En quoi trouvez-vous votre projet passionnant ?
T : Dans la globalité, on peut toucher à tout. On est libre, on fait ce qu'on aime, ce qui nous passionne.
A : Oui c'est vrai, c'est réellement ça. Mais moi vraiment c'est le jour J des Workshop, quand on a des retours des participants et qu'ils nous disent "Ce que vous faites est génial !!", "Il faut en faire plus !", ou encore "On a adoré !!", moi ça me motive vraiment !!
T : Oui rencontrer des personnes c'est passionnant, on en apprend tous les jours.

I : Pensez-vous qu’être une femme dans notre communauté actuelle est un atout ?
T : Oui c'est un atout bien sûr, on est souvent sous-estimé alors que nous le sommes pas, on a une force incroyable et on peut surprendre tu vois (rires).
A : La place de la femme dans les familles a bien évolué, elles sont beaucoup plus indépendantes. C'est un plus fluide je trouve. On sait qu'on part avec un handicap de base, être une femme dans le monde actuel n'est pas facile mais quand tu es issue de la communauté sud-asiatique c'est encore autre chose. On a souvent une étiquette sur le front: c'est un réel effort au quotidien de vouloir de détacher de ça, de sortir de cette carapace, et de vouloir retracer son avenir. On en ressort plus forte et forcément ça booste pour le reste.
T : Les femmes de notre communauté sont très fortes, elles sont souvent passées par des étapes de vie difficile. Et donc le fait de changer peut être un élément de leur vie, leur permettra de changer de vie complètement 2 ans plus tard. En tout cas, nous avons toutes les cartes en main pour faire de notre vie : une meilleure version !!

I : Du coup, comment inciter les femmes à entreprendre davantage ?
A : On a été contacté par beaucoup de femmes, mais pas forcément pour entreprendre. La plupart d'entre elles recherchaient le dialogue, elles avaient un manque de confiance en soi, et le fait de passer par nous elle avait une sorte de soutien psychologique.
T : Il faut essayer, il faut tenter. Il ne faut pas vivre avec des regrets. On a peur de sortir d'une vie sécuritaire, c'est normal!! Mais je trouve qu'il faut se faire "mal" (rires), il faut tomber pour se relever. Prendre des risques c'est la base pour aller de l'avant, donc les filles FONCEZ !!!
A : C'est une question qui est revenu aussi au second workshop : une jeune femme qui nous disait qu'elle avait beaucoup d'idées mais qu'à chaque fois qu'elle voulait se lancer, il y avait déjà une concurrence. La concurrence fait peur mais il en faut justement, c'est ce qui permet en tout cas de renouveler, de se lancer des challenges.
T : Souvent on a tendance à rechercher des excuses pour ne pas se lancer, plutôt que le contraire (rires).

I : Avez-vous l’impression de contribuer à l’évolution de la communauté?
T : On aide en tout cas, On met les petits bâtons sur l'échelle on va dire.
A : Je ne sais pas, mais en tout cas, on apporte la solidarité !!
T : Il manque de la solidarité dans notre communauté, je suis d'accord avec ça. Je sais pas vraiment si c'est de la peur ou autres. Par exemple la communauté chinoise, est très solidaire entre elle-même, et cet esprit forcément fédère le business. C'est dommage que l'on manque de ça.
A : Il y a aussi cette image que l'on colle en général sur la population sud-asiatique, de les retrouver dans des secteurs de business assez précis tels que le mariage, les restaurants, les bijoux, les épiceries, etc. Avec SoTamil, on a pu agrandir ça, rencontrer des personnes de notre communauté qui réalise des choses différentes. Je peux prendre l'exemple de Pulandevii avec son podcast, c'est une forme d'entrepreneuriat.

I : La meilleur question pour la fin!! Imaginez que demain vous obtenez un financement d'un million d'euros, qu'en feriez-vous?
T : Un jet privée déjà (rires), et voyager (rires).
A : Non sinon sérieusement, développer la marque.
T : Dupliquer SoTamil à l'échelle de l'Europe avec des entrepreneurs de chaque pays.
A : Et aussi aller à l'encontre d'entrepreneurs sud-asiatiques à travers le monde.
T : On peut aussi devenir des Business Angels, financer des projets etc... why not !!
A : Y'a beaucoup trop d'idées (rires), en tout cas il y a des choses à faire.

I : Aimeriez-vous partager autre chose avec nos lectrices ?
T : Oui, parler des livres pour enfants que nous proposons chez SoTamil.
A : C'est une femme indienne qui vit en Australie qui se nomme Vanitha, maman de deux enfants, qui a lancé des livres déjà pour ses enfants. Au final elle a voulu commercialiser les livres pour les autres enfants à travers le monde.
T : Il faut aller shopper aussi nos jeux de cartes, sincèrement vous passerez de super bonne soirées (rires) !!

A & T : Bisous les filles !!!

Retrouvez les cousines Aranie & Tivani de chez SoTamil sur Instagram : @sotamil_ et le site Internet pour shopper leurs produits : sotamil.com

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