Anita Bacta, hypnothérapeute, nous éclaire sur cette discipline parfois mystérieuse aux yeux de beaucoup.

Vous avez certainement entendu parler de l’hypnose, cet état de sommeil éveillé dans lequel la personne qui consulte semble entièrement influençable. Aujourd’hui, bien loin des clichés théâtraux que l’on peut voir à la télévision ou au cinéma, les bienfaits de l’hypnose ne sont plus à démontrer.
Dans quels cas peut-on y avoir recours ? Est-ce une discipline qui s’adresse à tout le monde ? Est-ce que l’hypnose peut être utile en matière de développement personnel ou bien lors d’une expatriation ? Quelles sont les limites ?

Indiya : Hello, comment vas-tu?

Anita : Écoute ça va !

I : Tu te présentes à nous?
A : Je m'appelle Anita, je suis d'origine indienne. Je suis née en Inde à Karikal, et je suis arrivée en France à l'âge d'un an et demi, un peu comme beaucoup d'enfants de ma génération. J'ai une grande soeur et une petite soeur, et nous avons vécu pendant très longtemps, plus de 20 ans à Sarcelles. J'ai adoré, ça reste la cité, mais j'ai adoré ce melting-pot de personnes de différentes origines, de cultures, je pense que ça m'a beaucoup enrichi. J'ai été en contact avec beaucoup de cultures différentes : maghrébine, africaine, chinoise, française, ... et sincèrement ça m'ouvert l'esprit. Et du coup on peut faire du "pick and choose", prendre ce qu'il y a de cool et de bien dans chaque culture, j'aime beaucoup, et surtout ça permet d'apprendre plein de choses et s'épanouir.
Globalement, j'ai eu une enfance très heureuse. Et puis mes parents ont été la première génération à migrer en France, ils ont tout ré-appris ici, à cuisiner, à se faire de nouveaux amis, recréer de nouveaux liens dans la communauté tout en s'adaptant à la nouvelle culture. J'ai une famille formidable, on dit souvent qu'on ne choisit pas sa famille, et franchement si je pouvais choisir, je rechoisirai la mienne. J'ai toujours été soutenu par eux, avec mes soeurs nous sommes très fusionnelles, et mes parents ont toujours été ouverts d'esprits ce qui m'a permis de m'émanciper rapidement.
Je suis tombée amoureuse d'un gars que j'ai rencontré à la fac (rires), un vrai coup de foudre, et oui !! Ça existe vraiment, ça été une évidence dès le première regard. Et ça fait plus de 20 ans que ça dure.
A : Ton secret?
I : Savoir se surprendre même après tant d'années. Je me souviens pour mes 40 ans, mon mari m'a préparé de belles surprises, en couple, avec ma famille et mes amis. C'était énorme !! Après toutes ces années on pense se connaître par coeur et finalement on arrive encore à se surprendre, il faut faire l'effort. Et quand on arrive à maintenir cette complicité, ça en devient magique !!
 

A : Racontes-nous ton parcours, nous sommes curieux ?! Peux-tu nous raconter comment tu as découvert l’hypnose ?
I : Je suis une touche-à-tout, ça été difficile pour moi de trouver ma voie.
J'ai commencé dans le Bac S, et j'ai étudié ensuite un DUT en Génie des télécoms réseaux. Mais très rapidement je me suis orientée vers un BTS management et gestion que j'ai eu assez rapidement parce que je l'ai fait en alternance. L'alternance m'a ouvert beaucoup de portes notamment sur ce que je voulais ou ne voulais pas. Et ensuite je suis allée vers une maison d'édition vraiment par hasard. À coté de ça, j'ai toujours voulu aider mon père à concrétiser son projet d'entreprise, j'y ai consacré quelque temps : une boutique de bijoux artisanaux en or, nous voulions proposer des créations différentes de ce que l'on peut voir sur le marché actuel. Finalement ce projet n'a pas pu voir le jour pour plein de raisons.
Après mon mariage, je me suis consacré à la finance. J'y ai travaillé pendant plusieurs années, et franchement je m'éclatais mais j'avais envie de plus même si j'avais le titre de manager. Fallait se rendre à l'évidence, avec un Bac +2, je ne pouvais pas gravir les échelons plus haut. J'ai donc décidé avec l'appui de ma famille de me relancer dans les études, ce n'étais pas facile parce que je venais de me marier, d'avoir un enfant etc. Mais j'ai quand même réussi : obtenir mon MBA à l'Essec avec spécialité directrice financière, j'étais enceinte de ma deuxième en plus (rires).
J'ai continué dans le monde de la finance et de l'assurance, mais au bout de 10 ans dans ce domaine et après un bilan de compétences, il y avait un aspect de moi que je n'avais pas mis en avant, et qui n'avait pas été devellopé. Et c'est vrai que si j'interroge mon entourage, tout le monde te dira que j'ai une belle écoute, un moyen de me synchroniser rapidement avec les gens. Et ce bilan de compétences mettait clairement en avant cette partie de moi. Un soir je rentre chez moi, j'en discute avec mon mari et tu sais la chose qu'il me dit c'est ça : "Écoute Anita, on a qu'une vie !". Et je crois bien que j'ai eu un déclic !!
Je voulais prendre le risque de tenter. Je rentre donc en fac de psy, et c'est là où l'évidence est arrivé : la psychologie c'était un peu long pour moi, et me connaissant, par rapport à mon activité, à ce que j'aime faire etc. L'hypnose était l'une des disciplines qui me parlait le plus : une forme de thérapie brève.

A : Ton métier, tu le définirais comment, en quoi consiste-t-il vraiment ?
I : L'hypnose ce n'est pas très connu, c'est une discipline qu'il faut pratiquer après des études. Il faut au minimum 2 ans pour se former correctement, j'ai eu beaucoup de chance grâce au confinement pendant lequel j'ai pu m'y consacrer à 100% et donc me former en moins de 8 mois. Après cette formation on se spécialise, et on continue toujours à se former non stop. Donc moi je continue en parallèle à me former à l'IFH (Institut français d'hypnose).
Concrètement à ce que pense la majorité des personnes, l'hypnose ce n'est pas que l'hypnose de spectacle. Ça existe, tu dois sûrement connaître Mesmer par exemple, mais ce n'est pas de l'hypnose thérapeutique. L'hypnose thérapeutique est plus complexe, il y a plus de matières.
I : Comment est-ce que l'hypnose agit sur les personnes?
A : L'hypnose ce n'est rien d'autre que mettre la personne dans un état naturel, en fait l'état d'hypnose on l'a tous en nous ! Je te donne un exemple ça va te parler. Par exemple quand on conduit, on réalise les actions mais en même temps on peut être ailleurs, dans nos pensées : et bien ça c'est déjà être dans un état de trans-hypnotique. Un autre exemple, quand tu regardes un film, des fois tes yeux regardent le film mais ta pensée est ailleurs, ça aussi c'est être dans un état de trans-hypnotique. De même, quand on regarde les vagues, ou le feu d'une cheminée, ou même quand on lit un livre, on lit plusieurs pages alors qu'on pense à autre chose et on ne sait plus ce qu'on a lu, on est obligé de revenir en arrière. Voilà tu as compris le fonctionnement.
I : Pourquoi est-ce qu'on arrive à cet état-là  ? Comment ça peut être thérapeutique?
A : En fait emmener un patient entre l'éveil et le sommeil, c'est ce qu'on appelle "l'état hypnotique" : on n'est pas endormi, ni éveillé, c'est l'état où l'on peut communiquer avec l'inconscient. L'inconscient c'est une partie très importante de chacun d'entre nous, parce que consciemment on sait tous ce que l'on dit ou l'on fait, mais inconsciemment on fait plein de choses, et c'est ce qui régit. Et des fois on n'explique pas nos comportements, on ne sait pas pourquoi on est stressé, en burn-out, et ba tout ça on peut les régler grâce à l'hypnose.

I : Dans quel(s) cas et pour soigner quels symptômes l’hypnose est-elle pratiquée ?
A : J'envie de dire tous les maux, lier à la psyché (rires).
Le plus connu ça reste encore la cigarette parce que les résultats se voient. Je suis spécialisé dans toutes les addictions, et quant au bout de 2-3 séances, on arrête de fumer complètement, eh bien ça se voit dans l'entourage familiale, amicale et même professionnel ! Le collégue qui vous appelle pour la pause clope et qui se rend compte que vous avez complètement arrêté, il y a forcément des questions qui se posent.
Mais tout le reste est bien sûre guérissable, tout ce qui se guérit avec un psychologue.
Je fais par exemple beaucoup de gestion du poids, stress, anxiété, prévenir le burn-out, tout ce qui est douleur chronique, la gestion de la nourriture : c'est vrai que derrière la nourriture il peut se cacher d'autres manques, de l'affection, un amour de soi, etc etc.
On me consulte aussi beaucoup pour l'insomnie, thérapie de couple, confiance en soi, de plus en plus en tout cas.
Je suis aussi spécialisée dans les enfants et les ados, j'en reçois beaucoup dans mon cabinet.
I : Est-ce qu'il y a des personnes qui viennent te voir mais ne savent pas vraiment pourquoi? Peux-tu détecter ce qui ne va pas?
A : Oui bien sure, ça peut aller dans l'autre sens. Mais je vais t'avouer quelque chose, souvent les personnes viennent me voir pour une raison, mais en fait ce n'est pas vraiment ça le problème de base. Comme les problèmes de poids, en réalité le mal-être vient de bien plus loin que ça, d'autres maux qui se cachent qui le conduise à ça, et finalement c'est plutôt un symptôme.
J'ai des personnes qui me viennent me voir parce qu'ils ne savent pas ce qui se passe, ils ont l'impression d'être dans un brouillard permanent, et après on se rend compte que c'est la solitude qui fait ça, ou des douleurs chroniques, ou une jalousie, etc.

I : Comment s’est passée la 1ère séance que tu as reçue ?
A : Assez drôle cette première patiente était venue pour son stress, et franchement je ne sais pas qui de nous deux étaient le plus stressés (rires).
I : Tu étais plutôt dans la théorie, la pratique?
A : Il se trouve que pendant les années de formation, on fait autant de théorie que de pratique. On réalise beaucoup de mise en situation. On simule pendant les cours avec les autres étudiants différentes situations, donc je savais déjà comment cela allait se passer. Mais ma première séance, c'était l'inconnu avec une personne que je ne connaissais pas, on se pose beaucoup de questions. J'ai donc préparé ma séance en amont sur le déroulement, et finalement ça été assez intuitif et naturel. Et comme j'y crois vraiment à l'efficacité de l'hypnose, ça a fonctionné.
Après, toutes les autres séances, je m'éclate à aider les gens, ça donne du sens à ma vie.

I : Peut-on consulter à n’importe quel âge ? Y’a t-il des préconisations ou des cas déconseillés ?
A : Il n'y a pas d'âge, mais on peut pratiquer l'hypnose avec des enfants très jeunes, ça fonctionne aussi. Par exemple un enfant qui est né avec beaucoup de traumas, des maladies, des douleurs, ça peut l'apaiser. L'hypnose d'enfants est différente des adultes : les adultes on fait beaucoup appel à des métaphores, des citations, des questions, etc. quant à l'enfant on peut réaliser des jeux, trouver des réponses à travers des contes, et souvent c'est plus facile avec les enfants car ils n'ont pas de filtres.
Oui quand on est déjà suivi par un psychiatre, ou quand on a une bipolarité, on a déjà des antécédents psychologiques.
Tout le monde est hypnotisable, c'est une question qui revient très souvent. l'hypnose est un état naturel, mais certains ont plus de facilité à y arriver que d'autres. Par exemple dans l'hypnose de spectacle, souvent un réalise un test de réceptivité et on voit qui est très puissant, qui peut être en état de trans, et on se dirige rapidement vers elle, car en spectacle on n'a pas le temps. Mais en travaillant des fois un peu plus, on y arrive toujours.

I : Comment se déroule une séance d’hypnose avec toi, et combien en faut-il pour ressentir les premiers effets/bénéfices ?
A : Le premier pas c'est prendre rendez-vous, dés ce moment-là, la thérapie a déjà commencé. Faire un grand pas en avant c'est énorme, car on se prend en main. Ensuite au rendez-vous, j'accueille la personne, et la première séance en général c'est la phase présentation, on fait le diagnostic de départ, on décortique les maux.  C'est le travail le plus important, car cela me permet de me diriger vers le bon protocole. Et ensuite je l'installe dans un fauteuil très confortable, je mets une petite musique agréable (pas obligatoire) et je mets la personne en état d'hypnose. On induit la personne vers l'état souhaité, et pendant l'état d'hypnose j'affirme des phrases, et le conscient et l'inconscient  sont présents à ce moment-là. Le conscient lui va comprendre certaines choses, et l'inconscient décortique les choses que je vais dire. Donc moi je vais dissocier la personne, parler directement à l'inconscient de la personne pour guérir l'origine du problème. 

I : La pratique de l’hypnose peut parfois rebuter certaines personnes par peur de ne plus être en mesure de maîtriser totalement leur esprit. Que peux-tu répondre à cela ?
A : C'est la deuxième question la plus répandue, c'est une peur de perdre le contrôle. Et cette peur-là est vraiment une croyance, parce qu'en réalité nous avons nos propres valeurs, et on ne peut pas demander à une personne de sortir de ses limites. Il y a des blocages qui vont venir se mettre en place automatiquement, qui empêchera d'aller loin. Si je vous demande de sauter par la fenêtre vous ne le ferait pas, parce que vous avez vos propres limites et je ne peux pas les transgresser.

I : Quelles sont les limites de l’hypnose, et les réserves que tu émets ?
A : Je suis encore en train d'étudier l'hypnose et il n'y a pas de limites.

I : Quels sont les rapports avec la médecine conventionnelle ?
A : Aujourd'hui, l'hypnose n'est pas reconnue comme une médecine à part entière. Donc on est encore loin de certains pays comme l'Italie où c'est reconnu. 
Certains médecins font appel à l'hypnose notamment pour l'anesthésie. Je me souviens pendant mes études, certains infirmiers et anesthésistes venaient se former à l'hypnose pour pouvoir soulager les douleurs des patients sans passer par l'anesthésie. Ils comprennent qu'il y a une vraie utilité, et que consciemment on peut aussi gérer les douleurs et se maitriser. On peut préparer aussi un accouchement, certaines sage-femmes préconisent cette méthode pour éviter l'anesthésie. 
Pour ma part, certains médecins commencent à me recommander auprès de leurs patients.
Donc ça arrive doucement mais surement. 
 

I : Est-ce remboursé par la sécurité sociale ? Par des mutuelles ?
A : Alors ce n'est pas encore le cas, mais on attend une nouvelle loi de la part du gouvernement, car beaucoup de cas de trauma liés au Covid voient le jour. Pour le coup peut-être que ça sera remboursé mais il  ne faudra pas espérer plus de 20 euros.

I : Comment peut-on prendre rendez-vous avec toi?
A : Sur Doctolib, vous y trouverez tous mes tarifs, et mes coordonnées.

I : Un dernier mot ?
A : J'aimerais vraiment en fait que les personnes qui sont comme moi avec cette multiculture, qui sommes confrontés souvent à plein de tabous, de contraintes, de dictates : on se retrouve à devoir être toujours sous le contrôle que ce soit sur les choses à dire ou ne pas dire, à faire ou ne pas faire, etc etc... C'est un poids très lourd !!
Et si vous voulez venir communiquer avec moi, je serais enchantée car je fais aussi ça : mieux comprendre les gens, et aussi que les gens se comprennent, c'est très important !
Souvent on fait très attention à sa santé physique, mais la santé mentale est importante au même niveau. La question de "Qui on est?" est essentielle à notre bien-être, et souvent on l'oublie. Et sachez que vous n'êtes pas seuls à vous poser cette question, on est nombreux dans ce cas, nombreux à chercher notre place et si on peut se faire aider, il faut le faire !!

Retrouvez Anita Bacta sur son Instagram : @abhypose et sur Doctolib : prendre RDV

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